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11/01/2008

REACS MASTURB'

Monsieur Tang, plaisant plumitif relativement inclassable, raille gentiment les réacs, leur demandant si ce monde moderne qu'ils vomissent ne leur est pas indispensable. Plus punk-faf que réac (mais après tout on ne choisit pas les étiquettes que nous collent les gens), je réponds à leur place, sans me lancer dans des arguties sur ce qu'est la réacosphère et comment on en obtient l'AOC. Ca bataille pas mal à ce sujet dans les commentaires de son texte, d'ailleurs.

 

Le fond de la critique de Tang, c'est que le réac jouit de son dégoût. Il serait un mastubateur de la gerbe, accro à ce qu'il dénonce, trouvant dans la haine qui le dévore une volupté qu'il aurait honte d'avouer, pour peu qu'il en soit seulement conscient.

 

La critique a sa cohérence. L'aboutissement de la haine est la mort, celle de l'ennemi si on peut le détruire, la nôtre s'il est indestructible. A quoi bon s'acharner ici-bas si tout nous y est intolérable ? Ca tombe sous le sens. Le réactionnaire qui accumule les années de service et dont la rage ne décline pas devrait donc forcément trouver son compte dans le cloaque.

 

Il y en a sans doute qui fonctionnent sur ce shéma-là. Je ne parle pas en leur nom. Je ne parle au nom de personne, d'ailleurs. Le pluriel des "Enfants" de ce pauvre blogue, c'est surtout une coquetterie dérisoire, une manière de sonner un peu moins autiste et égocentrique. Voici néanmoins comment je vois les choses, pour autant que ça intrigue qui que ce soit.

 

Plus qu'un branleur clandestin, le réac est au contraire un "impuissant." Il ne tient pas particulièrement à sa vie ni à ce monde, mais il a l'instinct de survie chevillé à l'âme. Il voit bien que notre civilisation n'est plus qu'un immense tas de chiasse, mais l'idée de civilisation en soi lui paraît malgré tout belle et noble. Il hait ce que nous sommes devenus mais n'arrive pas à oublier ce que nous pensons avoir été.

 

Ce n'est pas par sensualité masochiste qu'il se maintient en vie et qu'il continue à ouvrir son claque-merde. Il faudrait pour cela qu'il ait sincèrement l'impression de tirer son épingle du jeu, de propager une Bonne Parole à des Happy Few dignes d'estime et de confiance. Il faudrait en outre qu'il ait, en son for intérieur, la conviction que tout ne va pas si mal que cela, ou que la situation finira un jour par basculer à force de persévérance.

 

Or tel n'est pas le cas, à tous les niveaux :

 

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° rien ne nous permet de croire à notre indépendance, à notre unicité. La nausée continue qui nous hante tête et tripes ne fait pas de nous des gens spéciaux. Elle ne nous protège d'aucune des crasses qui affligent nos contemporains. Nous pataugeons exactement dans la même vase purulente que le premier tektonikeur venu. Avec ou sans lubrifiant, sous GHB ou à jeun, coincé par la honte ou par des menottes, c'est la même enculade pour tout le monde, et nous pareil. Aucune perspective économique sérieuse, familles désunies, harcèlement pornographique, petits mensonges tactiques, addictions plus ou moins avouables, absence de structures de vie alternatives, isolement social, émiettement de la foi militante, renoncement à reculons... Notre statut d'Affreux Officiels ne nous protège de que dalle. Seul et pitoyable soulagement, nous répéter que nous sommes un peu plus conscient du viol que le reste du cheptel. A cela aucune jouissance, tout au plus une goutte de baume à l'esprit.

 

° le public de cette microscopique contre-culture n'existe virtuellement pas. Nous ne sommes peut-être qu'une vingtaine d'enragés comateux, qui se copient les uns les autres, chacun adaptant à sa petite sauce les mêmes rancoeurs que son voisin de Favoris. Nous ne savons pas trop à qui nous causons, quel effet notre prose lui fait, quel usage il peut bien en tirer concrètement. Un coup d'oeil à l'isolement social et médiatique des patriotes d'Europe suffit à clarifier la perspective : c'est à peine si nous perturbons les gradins du cirque soc-dem. Quand les eurotraîtres prétendent s'en prendre à notre discours, ce sont les instances démocratiques très officielles qu'ils visent. Boneheads, ethnocentristes, révisos ou spécialistes du complot sioniste, tout ce beau linge ne fait vraiment peur à personne, ni à ceux qui les dénoncent ni à Monsieur Moyen. Par contre, les capitalistes pur jus que sont Le Pen, Haider, Blocher, Bush ou Berlusconi terrorisent les Bien-Pensants. On ne leur impute notre aura que pour contrer leur projets, qui sont bien loin de nos préoccupations. Dépouillés de ce parfum rebelle, que nous reste-t-il ? Quelques routines de tribu urbaine morcelée.

 

° enfin, le réac lucide devine très bien que tout ne va pas encore si mal que ça. Le réac suicidairement clairvoyant devine même que nous sommes loin d'avoir touché le fond de la cuvette de l'Histoire. Nous vivons une chute qui n'aura jamais de fin, parce qu'il n'y a pas de limites à l'obscénité et à la décadence. Le réac moyen, en revanche, croit qu'un jour viendra où son peuple aura atteint un seuil critique d'humiliation et de colère, qui le poussera soit à prendre les armes, soit à ne pas s'opposer à ce que nous les prenions pour lui. Définir ce stade ? Il en est incapable. Il imagine tout au plus une dhimmitude officielle, une dictature talibane et multiculti bordélique, rien de précis. Mais il ne se résoud pas vraiment à ce cauchemar ; il l'utilise comme un point d'appui pour sa colère et sa détermination, sans envisager une seconde qu'une telle situation puisse durer éternellement. Il y a pourtant pire que cet aveuglement-là : il y a le refus de considérer qu'il est déjà trop tard depuis longtemps.

 

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Nos vies sont dirigées par les impératifs des vendeurs de malbouffe, des bourreurs de crânes publicitaires, des brasseurs de peuple et des illuminés mondialistes. Cinéma, télévision, radio et ouaibe nous gavent en permanence de laideur, de stupidité, de soumission volontaire aux usuriers, de glorification de la came et du putanat. L'eau courante des grandes villes a un goût de détergent, le pain ne se conserve pas douze heures, et chaque jour des millions de tonnes de nourriture intacte sont détruites plutôt que d'être vendues moins cher. Durant des décennies, des herbivores ont reçu des cadavres moulus en poudre comme nourriture. La mort de la paysannerie continentale a été planifiée puis minutieusement mise en oeuvre. Des vieillards sont parqués dans des crevoirs collectifs par leur famille, qui dans le même mouvement droguent leurs enfants pour qu'ils soient plus dociles à l'école. La haine du leucoderme est véhiculée par tout un pan de la culture hip-hop, qui génère depuis dix ans les plus gros bénéfices de l'industrie du disque. Le dégoût de soi et la vénération de l'Autre sont promues quotidiennement comme des manifestations éclatantes de sagesse et de courage.

 

Rien de tout cela n'a, à ce jour, déclenché la moindre folie meurtrière en Occident. Monsieur Moyen accepte, cautionne, participe, en redemande, pense à autre chose, ne pense à rien, prend des pilules pour ne plus penser qu'à son boulot et son crédit.

 

Et il y en a encore pour se demander sincèrement "Jusqu'où va-t-on descendre " ? La réponse est que nous ne nous arrêterons jamais. Nous avons déjà franchi le point de non-retour. Tout ce qui aurait provoqué des émeutes sanguinaires chez nos arrière-grands-parents est devenu banal. Et pour celui se sent des envies de planter des clous dans une batte de base-ball, il n'y a aucun espoir de faire payer cet effondrement continental aux responsables et à leurs successeurs. Il ne peut que hurler son horreur à s'en déchirer la gorge, hurler en attendant la folie ou la mort. Il ne le fait pas en croyant être utile. Il le fait parce qu'il n'a pas vraiment le choix. Il le fait pour ne pas tuer stupidement un inconnu qui n'y peut rien, ou pour éviter de faire du mal à ce qu'il lui reste de famille.

 

Là non plus, monsieur Tang, il n'y a pas de quoi se pougner la plume à pamphlet. Ecrire jour après jour ce genre de constat, ça n'a rien de gratifiant, ni même de vraiment soulageant. C'est Sysiphe crevant chaque soir l'abcès qui se sera à nouveau infecté le lendemain. C'est vider une fosse à purin avec une paille. Le tout dans le silence assourdissant et l'indifférence bovine de ceux qui se prétendent nos semblables.

 

J'exagère comme un ado sous amphètes ? J'en fait des tonnes pour que dalle ? Je fais mon putain d'intéressant en poussant la caricature à coups de truelle ? Possible. Qu'est-ce que j'en sais finalement ? Peut-être que mes ventilations sont tordantes, pas crédibles pour un sou, symptômes négligeables d'une mauvaise qualité de sommeil et d'un déclassement social bénin.

 

Peut-être que tout ça vous fait doucement marrer. Je préférerais, à la limite. Ca donnerait le sentiment fugace d'avoir été utile pendant un instant.

Commentaires

Merci pour l'affiche de Kurosawa, ça prouve au moins que vous avez bon goût

Écrit par : kaarlopkk | 11/01/2008

Merci m'sieur Kaarlo. On ne dirait pas comme ça mais Père et Mère m'ont donné une excellente éducation et le goût des belles choses. Ca n'a pas donné ce qu'ils voulaient bien sûr, mais ça permet de ne pas zapper quand les films sont en noir et blanc.

Écrit par : Stag Nation | 11/01/2008

moi qui n'ai aucune éducation du tout, je finis par me demander si le spectacle de notre débâcle n'est pas une distraction comme une autre, voir meilleure.

Surtout rédigé de la sorte...

Plaisir d'esthète jusqu'au bord de la tombe. Sachons nous tenir !..

Écrit par : tyler | 11/01/2008

Oui,vraiment bien rédigé!
Hors intervention divine, c'est foutu;-)
Reste une promenade en T-72 sur l'Eurabia bien alcoolisés.Si le vrai bordel venait cela serait plus honorable en sachant bien que la merde volerait pour tout le monde,y compris et surtout pour ceux qui se pensent les mieux préparés.

Écrit par : sanpiero | 11/01/2008

Le point fondamental que les microcéphales ne comprendront jamais, c'est que les "néoréacs" (étiquette critiquable en soi : on parle d'une révolte diffuse, pas d'un mouvement politique) ne sont pas des "libéraux". Contrairement aux gens du système, je ne pense pas que mes ennemis aient raison, et encore moins qu'ils aient au raison d'avoir tort.

Je peux mettre en évidence, expliquer, réfléchir sur les raisons de la situation actuelle, mais je ne suis absolument pas dépendant de l'objet de mon indignation.

D'ailleurs je ne suis pas indigné.

Indigné voudrait dire qu'on a choqué mes moeurs prudes. Ce n'est pas ça du tout. Colérique, furieux, certainement, car on essaye de nous réduire en esclavage au nom de la liberté, bref, parce qu'on détruit le sens des mots pour imposer les valeurs aberrantes d'une classe.

Le but de ma vie n'est pas de satisfaire une envie (je considère que chaque ligne de mon blog est une ligne perdue pour un ouvrage plus conséquent que j'essaie d'écrire...) mais de nuir un maximum possible. Et éventuellement de participer à l'effort de réinformation.

Écrit par : LBDD | 12/01/2008

d'ailleurs, je tiens à préciser que ma démarche est essentiellement "murayiste" : je ne critique pas une époque "mais l'apologie qui en est faite". L'objet de mon écoeurement est avant tout l'état de déréalisation, d'onirisme. On en est arrivé à une situation où c'est l'inversion mot pour mot de la doxa officielle qui décrit le mieux la réalité.

Je ne suis pas un réac dans le sens où je veux le retour à un âge d'or : je suis juste stupéfait, voire hébété, par le degré de conviction auto-satisfaite de cette époque. Ce qu'on pourrait appeller le "delombrealalumièrisme" par exemple, ce révisionnisme systématique (les femmes ne travaillaient pas avant les années 50, etc etc.).

Bref je retourne à mon ouvrage, la Cité des Morts, un gros morçeau, qui sera un jour publié sur mon blog...

Écrit par : LBDD | 12/01/2008

faudra changer le titre...
tu parles de la France ?..
essaies la Cité des Maures...



message perso : je sais, GP, je sais...du réchauffé, mais ici, personne ne l'a lu...

Écrit par : tyler | 12/01/2008

Vous être fort, Zone Grise ;) !
Bon, allez, je me livre, je fais partie de cette blogopshère moisie et réac que Tang dénonce avec tant de tact et de clairovoyance. Une blogosphère, qui, comme vous le dites, doit rassembler une vingtaine de citoyens maudits qui se référencent mutuellement avec à la clé une audience microscopique.
Alors, la thèse de Tang tient elle la route ? Elle a sa cohérence, mais pour être un peu méchant avec lui comme il vient de l'être avec moi ('nous'), elle a aussi son versant stupide. Comment préjuger de ce que ferait chacun dans un contexte différent ? Extrapoler le malheur des cassandres si le monde tournait bien parce qu'ils n'auraient plus de raison de se plaindre est un peu court. Et si nous aspirions à l'idée de bonheur, et que c'est tout simplement son impossibilité qui nous rendait mauvais ? et si nous n'aspirions finalement qu'à une seule chose: retourner dans le silence contemplentif qu'après tant de désillusions nous souhaiterions n'avoir jamais quitté ? qu'est ce qu'il en sait le Tang ?

Écrit par : boubou | 12/01/2008

Avant de lire vos 2 derniers commentaires, LBBD, j'allais vous écrire un truc comme : "le jour où un type comme vous publiera enfin un roman, les types comme Tang le liront et voudront l'avoir écrit"...

Autant vous dire que j'attends la Cité des Morts (si tant est qu'il s'agisse bien d'un roman) avec une certaine impatience.

Enfin, si vous faites effectivement marrer (oui, vous êtes "utile") ce n'est pas que vos ventilations sont tordantes, mais que vous vous servez sacrément bien de votre truelle !

Écrit par : paratext | 12/01/2008

Et merde... je mélange LBDD et LEZG...*
Désolé, messieurs, mais vous êtes très talentueux l'un et l'autre.

Écrit par : paratext | 12/01/2008

Reste à espérer que votre extrème lucidité sur l'auto-satisfaction contemporaine ne vous plonge pas dans un état si hébété que même votre profond instinct de survie aurait envie de foutre le camp.

Écrit par : sanpiero | 12/01/2008

Putain l'avalanche de coms... On se croirait au printemps... Entre ça et toutes les femmes enceintes que je croise, doit y avoir quelque chose dans l'air... Allez, chacun son tour :

@ L'Ancêtre : c'est le seul point sur lequel monsieur Tang pourrait marquer un point, cette récupération hédoniste de notre propre effondrement. Pour un observateur lucide mais détaché, il y aurait matière à amusement. Quand on a le sang qui tire à 0,8 pour mille de rage pure, c'est pas faisable.

@ San Piero : Vouiche, à la guerre comme en amour, ce sont ceux qui en parlent le plus qui s'y entendent le mieux. Quand à l'instinct de survie, il se paie en points de vie. L'avantage, c'est que plus on en perd, moins on en a à foutre.

@ LBDD : vous avez aussi remarqué que les neutralistes prudents ont tendance à faire passer votre colère pour de l'indignation bégueule ? Ca leur permet de draper joliment leur lâcheté pour lui donner la gueule de la sagesse. Ceci dit, on se réjouit effectivement de jeter un oeil à votre futur pavé. Si vous accouchez dans les mêmes douleurs que mézigue, vous avez toute ma compassion.

@ 2bou : la critique de Tang serait mièvre et sans objet dans la bouche d'un "gauchisse" ordinaire. Heureusement l'animal semble avoir échappé au formatage moraliste de ses confrères et la légèreté de son ton rend son analyse très comestible. Et puis un homme qui ne déconne pas avec la syntaxe est très certainement fréquentable.

@ Paratext : Bravo. Vous avez réussi à donner dans le quiproquo qui, dans un sens comme dans l'autre, ne réussit à vraiment fâcher personne. Vous entendez quoi par P.O.S.T., au juste ?

Écrit par : Stag Nation | 12/01/2008

@ Stag Nation : Concernant la guerre et l'amour, je ne suis pas d'accord vu le nombre important de personnes qui ont participé à l'un comme à l'autre et raconté leurs diverses aventures amoureuses ou guerrière.
Ensuite le vieux papy qui ne veut pas parler de 14 ça en est une autre, ou l'ex volontaire des Balkans qui pensent ses plaies à l'alcool ou autre chose, encore une...
Quant à l'instinct de survie,il est je pense complètement indépendant du capital points vie usé ou du capital chance écorné, c'est pour ça que cela s'appelle instinct de survie et pas capital survie justement.
Maintenant en avoir plus rien à foutre parce que l'on vit dans un état de rage permanent ou que l'on est complètement cramé c'est différend.

Écrit par : sanpiero | 13/01/2008

Stag Nation, j'eus été contrit de fâcher qui que ce soit ici !

p.o.s.t parce que c'étaient les initiales des 4 personnages d'une nouvelle que j'écrivais en même temps que j'ai commencé le blog ;
"post" parce que nous venons toujours après (trop tard ?)
pour l'intéressant concept de post-histoire
parce que j'ai beaucoup écouté de post-rock, post-punk, post-pop
parce que post coitum anima tristis
parce que ça rime avec lost

Écrit par : paratext | 13/01/2008

au temps pour moi:
concernant votre remarque sur la guerre et l'amour, je vous rejoins sur votre analyse ce que je disais dans le post d'après n'étant evidemment valable que pour des gens l'ayant vécu et ayant décidé de le raconter avec plus ou moins de talent.

Écrit par : sanpiero | 13/01/2008

Quant à l'instinct de survie,il est je pense complètement indépendant du capital points vie usé ou du capital chance écorné, c'est pour ça que cela s'appelle instinct de survie et pas capital survie justement.

bien vu Sanpiero !..
ô to lose...ô mon païs...

Écrit par : tyler | 13/01/2008

21.
J'apprécie beaucoup votre article, mais à mon sens vous traitez davantage des conservateurs que des réac', qui me semblent être ceux qui se définissent comme conservateurs en raison de leur antipathie pour les gauchos, sans pouvoir réellement formuler de solides critiques à l'encontre des idées de ces derniers, ou sans prendre le temps d'analyser les fondements de leur antipathie. Mais évidemment "conservatosphère" eut été moins cool que "réacosphère"...
PS: est-ce que le fait d' écrire trois piteuses lignes sur votre blogue donnera droit à une p'tite ristourne lord de l'achat de la cité des morts ?

Écrit par : enguerran de coucy | 13/01/2008

merde, j'aurais dû me relire avant de poster

Écrit par : enguerran de coucy | 13/01/2008

Bonjour Stag Nation,
Je vois que mon post fait couler de l'encre assez loin des blogs réacs que je fréquentais (rectitudine en sommeil, PKK qui a repris et Goux)

Je nuancerais un peu ce que vous dites: je ne vous reproche pas de jouir de votre critique du monde moderne. Allons à qui pourrais-je reprocher de jouir?

Non mais plutôt de choisir une forme de facilité dans votre dénonciation. La dénonciation de la modernité est un sport de dandy, original mais peu exigeant.

La critique de a modernité birllante d'un Vialatte est bien plus radicale au fond. Créer de la beauté sur les décombres du siècle hyoerconsommateur et matréialiste, voilà qui aurait de la gueule et releverait bien d'une foi insoupçonnée, celle dont se réclame moult réac (en ce sens Asensio au moins a une certaine cohérence, parfois)

Mais sans doute LBDP me donnera t il tort avec sa "cité de smorts" que certes je lirai vraisemblablement. Et cher Paratext n'est il pas bon d'apprécier un bon roman et très humain de regretter de n'avoir pu l'écrire? (il ferait beau voir que je prétende écrire autre chose que quelques billets à mon âge!)

@Boubou: merci mais n'ayez peur d'être méchant: comme mon disclaimer le signifiait je suis passible d'une même sentence que les réacs. Mais je considère que ma position est moins confortable, j'ao pu l'éprouver à moult reprises sur des blogs réacs... (sachant que souvent malgré tout j'ai aussi droit à la réprobation des bons citoyens qui votent... si ce n'est que j'évite autant que possible de causer politique car le sujet me semble finalement mineur, de plus en plus)

Écrit par : Tang | 14/01/2008

@ Enguerran : pour la ristourne, voir directement avec l'auteur du futur bouquin sur son bleaugue... La différence profonde entre conservateur et réactionnaire, je suis pas sûre qu'elle existe. De toute façon, il n'y a plus rien à conserver et ne réagir que par écrit revient à pisser contre le vent.

@ Tang : honoré de votre présence en ces misérables pages. Si la jouissance n'est pas condamnable, en quoi la facilité le serait-elle plus ? Vous parlez également de foi, et c'est quelque chose que j'ai perdu depuis deux ans environ. Il me reste la haine et un certain style, deux choses qui là encore me viennent avec beaucoup de facilité. Et puis, depuis quelques mois, je commence à penser que ce qui me rend hystéro dans le monde contemporain existait sans doute déjà dans l'Antiquité. Mais insulter les morts, ça ne sert à rien et c'est inélégant ; alors je me rabats sur les vivants.

Écrit par : Stag Nation | 14/01/2008

Stag nation,
N'en faites pas trop tout de même je ne suis je vos le rappelle qu'un "plaisant plumitif" certes "relativement inclassable" à ce qu'il paraît...

Pour la jouissance ce n'était essentiellement qu'une boutade, faisant allusion à l'hédonisme bon teint de certains gauchistes (jouissons sans entrave)

Par ailleurs je distinguerai la jouissance, acte positif et la facilité acte en creux qui n'est qu'une forme subliminale de lâcheté... Jouir est un acte de vie, puissant.

ce qui me permet de faire le lien avec la foi. Car pour le moment je n'ai pas la foi au sens religieux (ma révélation fut courte, très courte, ce n'est qu'un souvenir déjà en attendant que la grâce trouve à nouveau un terrain fertile en moi) Si bien que pour l'heure la foi concerne plus la vie, la beauté. Je suis persuadé intimement que ce sont là ce vers quoi nous devons tendre quel que soit la médiocrité première et plus apparente de ce qui nous entoure.

Insulter les morts ne sert rien, mais si les vivants sont pour vous des zombies ne pourriez vous avoir plus digne ooccupation? ;)

Écrit par : Tang | 14/01/2008

Le talon d'Achille des réacs, c'est qu'ils ne mettent pas leurs idées en pratique. Ou alors, quand ils le font, cela se réduit à peu de choses, comme boycotter tel produit ou signer des pétitions. Il y a une schizophrénie propre au réac et à toute presonne qui professe des idées extrêmes : sa vie n'est pas en conformité avec la radicalité de sa pensée. Alors, il vocifère, il proteste, il fulmine, sans jamais poser un seul acte concret. La démocratie peut dormir tranquille. Le seul réac que je connaisse qui soit passé à l'action, c'est Théodore Kaczynski. Malheureusement, il est responsable de la mort de quelques personnes et croupit en prison. Au fond, les réacs savent bien que leurs idées sont invivables et s'accommodent fort bien du monde présent. Le seul danger qui les guette, c'est l'idéologie, c'est-à-dire être déconnectés du réel. Pas trop grave tant que ce monde reste stable.

Écrit par : Sébastien | 14/01/2008

Rien à rajouter à la démonstration, Sébastien, hormis la même nuance apportée aux remarques de Tang. Tutoyer la démence une fois par semaine, ce n'est pas "s'accommoder fort bien" d'une situation donnée. C'est la honte de l'impuissance qui s'ajoute au dégoût de la décadence et ce cumul fracture le crâne de l'intérieur. Et effectivement, Kackzynski est le seul révolutionnaire contemporain qui soit allé jusqu'au bout de sa logique, homme d'action et de réflexion, qui n'a reculé ni devant l'ultraviolence ni face à sa propre mort sociale. Il a transformé sa folie en arme de guérilla. A ce jour, je n'ai su qu'en faire de la littérature ; vous feriez un erreur en croyant que ça me satisfait.

Écrit par : Stag Nation | 14/01/2008

@ Tang : J'ai pas mal lu Vialatte , aussi bien les 2 volumes bouquins des chroniques de la montagne que Dernières nouvelles de l'homme (qui reprenait d'autres papiers) ou encore Les fruits du congo, Camille et les grands hommes etc. Vous ne pouvez pas dire qu'il appréciait enormément le monde moderne. Il était pro-algérie française et ne cessait de se moquer de la pub, de la majeure partie de la littérature contemporaine (son amour pour Pourrat, Dutourd ou Fanny B c'est surtout de l'amitié), il se gaussait fabuleusement des actrices nouvelles déesses et de bien d'autres comportements considérés comme constitutif de la modernité. Vialatte a tout du réac,et à son époque on ne s'y trompait pas. simplement votre typologie du réac me semble un brin simplette -jepense d'ailleurs que vous vous en doutez.

Ah, Stag, j'ai bien peur que sur l'antiquité vous n'ayez raison. Il n'est que de zieuter les satires de Juvénal pour voir qu'on marinait déjà dans le foutre et la veulerie ( à part ça,vous avez tilté au compteur des coms cette fois...)

Écrit par : Restif | 14/01/2008

Restif: Vialatte est un réac je n'en faisais pas un progressiste! Mais sa démarche artistique donne une autre stature à sa contestation. Certes ses idées réactionnaires transparaissent assez dans son oeuvre, mais celle-ci ne se contente pas de "postillonner" sur la modernité (ce qui serait bien vain), elle crée une réalité poétique, délicate qui en fait est la forme la plus aboutie de contestation de la modernité vulgaire (plus encore qu'à l'époque de Vialatte)...

Écrit par : Tang | 14/01/2008

@ Tang : Dans votre texte, vous n'aviez nullement dit que le bel Alexandre tapait dru sur l'époque. Il fallait donc le souligner. C'est -au minimum - la preuve que votre typologie du réac est un poil sommaire. D'autant que ce n'est pas propre à Vialatte cette façon de transmuer un refus de l'époque - ou disons, pour certains, plutôt un dégoût profond de certaines de ses orientations – en art, en style.
On trouve ça non seulement chez Bloy (qui n'est pas ce qu'on pense, c'est bien plus complexe) mais également chez Jarry -lequel à la fin de sa vie avait viré carrément extrémiste (voir ses lettres au Dr Saltas) ou chez Milosz et Pessoa. La correspondance de Flaubert ne cesse de vomir l'époque. Et je ne vois là nulle fascination-adoration decequ'on rejette, plutôt une terreur de voir s'effondrer ce qui a permis une certaine civilisation. Force est de reconnaître que les pseudos avants gardes modernes répètent les mêmes gestes depuis au moins 30 ans, si ce n'est plus. La poésie est devenue un intellectualisme abscons, la musique contemporaine fuit la mélodie comme la poésie fuit le lyrisme (les deux touchent aux courant mystiques de l’homme –et j’entends par « mystique » ce que Céline appelait ainsi, les « ondes ». Et on dirait bien que pour beaucoup c’est un "concept" fasciste).

Perso, je ne me délecte absolument pas du plaisir de ronchonner contre ce spectacle –j’en souffre. Ce que vous pourriez reprocher à certains réacs c’est de n’avoir que leur colère à proposer. Pour ma part je garde le très,très mince espoir que nous passions par un goulet d’étranglement, le pire moment d’une mutation –qui peut encore s’aggraver mais déboucher sur autre chose. C’est sans doute naïf…
Chaque époque à eu ses réfractaires, certes, et Stag n’a pas tort de penser que c’est là un caractère qui n’est pas forcément lié à l’époque. Pourtant, depuis environs la moitié du 19ème ( à partir de Balzac, qui invente le mot médiocratie, et de Baudelaire : deux des plus grands nourricier de la modernité artistique) le désenchantement s’accroit, et la peur/dégoût de ce qui vient ne cesse de s’exprimer de plus en plus nettement. Tout ça dépasse de beaucoup votre portrait du réac qui à besoin de ce qu’il dit détester.
(En tous cas Tang, visiblement, vous avez touché un nerf. C’est toujours ça. Mais je crois que notre rapport à l’identité et à l'époque devient, justement, de plus en plus angoissant et flou.. Et ça, c’est un sacré problème).

Bon, j’ai été bien bavard. Moi qui ne désirais que parler de Vialatte….

Écrit par : restif | 14/01/2008

Bonjour restif,
Mon texte était assez elliptique et s'adressait aux réacs pour qui Vialatte n'est habituellement pas un inconnu.
Par ailleurs ce passage me semblait classer Alexandre comme un réac:
"Alors je pense à Vialatte du haut de ma culture éclatée, dérisoire et brouillonne d'éternel dilettante, et je me dis que son génie fut justement de ne se jamais complaire dans la haine d'une modernité qu'il récusait tout autant que ces réacs de pacotille."

Pour nuancer (je développe en fait ma note de façon écaltée entre divers "fils" polémiques que mon billet provocateur a certes suscité ce qui est une heureuse surprise) je ne dis pas tant que le réac a besoin de détester mais qu'il se contente souvent de cette facilité (car ce n'est rien d'autre).

Cela est sans doute lié au support, le blog qui ne favorise pas la construction rigoureuse et exigente mais permet au contraire le "crachat quotidien", exutoire un peu mesquin.

Bref les réacs n'expriment souvent plus leur exigence du beau que par une attitude négative, le refus de la laideur (sur le mode prétentieux du pamphlet ou plus léger de la dérision).

Cela dit évidemment que l'art transmuant le dégout de l'époque n'est pas l'apanage de Vialatte. Il s'agissait d'un exemple qui m'ets plus familier qu'un autre...

Écrit par : Tang | 14/01/2008

@ Tang : Ok . On gratouille tous après une forme de lucidité. Et je vous lis sur Ylis. De toute façon, ce débat est marrant, il nous autorise au moins à un regard surplombant.
Cordialement

Écrit par : Restif | 14/01/2008

Ben misère... Mon dégueuloir à sens unique qui se transforme en cybercafé.... Second Life version faf... L'avantage - ou le prix à payer, question de point de vue - c'est que ça me donne matière à plusieurs futures notes. Explorons les bas-fonds tristes et crasseux de nos âmes damnés à crédit, c'est toujours ça que Daniel Schweizer n'aura pas pour son prochain navet.

Écrit par : Stag Nation | 14/01/2008

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