26/05/2009
WHITE FLIGHT, CONTRIBUTION PERSO
Je fous le camp de ce bled délicatement pourriculti pour un autre bled qui ne le sera intégralement que dans quelques années. Retour en ligne estimé à va savoir quand, tout dépendra de la guerre d'usure menée par la régie, du retard dans les travaux de rénovation, des interminables emmerdements administratifs, etc. D'ici-là, je salue bien bas les nombreux déglinguos qui affluent ici depuis quelques temps et qui ne répugnent pas à prêter l'oeil à mes insanités. On se retrouve plus tard.

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25/05/2009
TABULA RASA

Les villages que nous traversâmes en remontant en ligne offraient le spectacle de grands asiles d'aliénés. Des compagnies entières poussaient des murs et les abattaient, ou bien, perchées sur les toits, elles fracassaient les tuiles. On coupait les arbres, on cassait les vitres; partout alentour, des nuages de fumée et de poussière s'élevaient d'énormes tas de décombres. On voyait des hommes s'agiter frénétiquement, avec les costumes abandonnés par les habitants, ou en robes de femmes, avec des hauts-de-forme sur la tête. Ils découvraient avec l'intuition du destructeur la maîtresse-poutre de la maison, y fixaient des cordes et halaient, criant en cadence, jusqu'au moment où tout s'effondrait dans une grêle de pierres. D'autres brandissaient de grands marteaux et mettaient en miettes tout ce qu'ils rencontraient, des pots de fleurs sur les appuis des fenêtres aux verrières délicates d'une serre.
Jusqu'à la position Siegfried, chaque vilage n'était plus qu'un monceau de ruines, chaque arbre abattu, chaque route minée, chaque puits empoisonné, chaque cours d'eau arrêté par des digues, chaque cave crevée à coups d'explosifs ou rendue dangereuse par des bombes cachées, chaque fil téléphonique roulé et emporté, tout ce qui pouvait brûler avait flambé: bref, nous changeâmes le pays en désert, en prévision de l'avance ennemie.
E. Jünger, Orages d'acier
23:55 Publié dans Marées Noires | Lien permanent | Commentaires (0)