10/06/2011
CAUCHEMAR GRECISTE

Je ne suis pas sûr d'avoir exactement compris qui est Laurent James, ce qu'il pense ou veut sincèrement. Je suis en revanche au clair sur deux choses :
1) de m'en pignoler l'entendement à deux mains plus celles de la voisine si nécessaire
2) d'avoir été très amusé par le texte qui suit.
(...) Et je ne parle pas des intellectuels souverainistes ou néodroitistes, pour qui la Grèce (ou Rome) reste souvent une référence absolue, et qui éprouvent en réalité une profonde haine physique de la Méditerranée – à l'époque, ils auraient été Perses !
Ainsi je me prends parfois à rêver à la scène suivante : une conférence sur « La démocratie athénienne de Clisthène comme fondement prospectif à la constitution européenne » se déroule dans une studieuse atmosphère de travail quelque part rue de la Gaîté, avec Paul-Marie Couteaux, François Bousquet, Max Gallo et Dominique Venner comme intervenants principaux.
Au beau milieu du discours de ce dernier portant sur « les armures achéennes et pérennes d'Achille et d'Ulysse », Fernandel déboule soudain sur l'estrade habillé en tourlourou d'opérette, pantalon garance et képi sur la nuque. La salle entière retient son souffle devant cette apparition d'un autre temps, suffoquée par la puissance du maxillaire inférieur et la douceur de cabri trépané que révèlent les gros yeux angéliques et ronds.
Venner n'a même pas terminé sa phrase que Fernandel toussote impétueusement pour réclamer le slence déjà établi depuis quelques secondes. « Allons allons, s'il vous plaît, un peu de tenue messieurs », lance-t-il avec fermeté. Puis, dans un mouvement très doux, il penche sa nuque en avant comme pour mieux s'approcher de l'assemblée tout en tournant résolument le dos aux conférenciers agacés, et susurre avec virilité : « Et maintenant, une bonne chanson française. »
Aussitôt dit, une lente avalanche de flûtes grassouillettes et de sautillages violoneux déferle des haut-parleurs, joviale et ténébreuse musiquette pour idiots cosmiques. La bouche arrondie de Fernandel se fait graveleuse suite à trois passage subreptices de la langue vibrionnienne, et après une pichenette sur la visière du képi déglingué, il chantonne les mots suivants en agitant ardemment ses mains à mesure que le déroulement dramatique va grandissant :
« Il y a des hommes qu'aiment les femmes genre nordique
C'est trop lymphatique, ça ne m'emballe pas
Moi j'ai un faible pour ce qu'est exotique
C'est plus excentrique, le piment j'aime ça
Qui qu'habite en mon coeur ? C'est une femme de couleur !
La nuit et le jour, je pense toujours à ma Créole
Ses cheveux crépus, ses lèvres lippues, moi j'en raffole(...) »
Laurent James, Fernandel The Horse-Face, Gueules d'Amour, Cancer, Mille et Une Nuits, 2003
12:03 | Lien permanent | Commentaires (28)
FOLK (légèrement) DARK
Caves ouvertes cantonales ce week-end. Viendra fatalement un moment, au bout de sept ou huit carnotzets, où j'aurais envie d'écouter quelque chose comme ça.
10:41 | Lien permanent | Commentaires (11)
08/06/2011
NE PAS SE RACONTER DES CONNERIES

Le pessimisme excrémentiel de ce blog n'est pas pour moi une forme de masturbation publique d'emo-nazi. On ne me croira pas, bien sûr. Et bien sûr, je m'en foutrai. J'affirmerai à nouveau que je ne me complais pas dans mes geignements. Qu'importe également ce que je peux bien faire de ma vie non-virtuelle, des efforts fournis ou non pour qu'elle soit la moins humiliante, la moins indigne, la moins contre-exemplaire possible. Chacun sa merde.
J'estime nécessaire de cultiver une forme d'ascétisme moral, en refusant absolument toutes les fictions consolatrices. Les utopies, les slogans bravaches, les Nous-Vaincrons, sont les nourritures grasses de l'esprit. Elles l'alourdissent, l'avachissent, l'étouffent sous les bonnes intentions qui ne sont jamais suivies d'effet. Elles poussent qui s'en enivre à faire un acte militant de la moindre banalité de son quotidien. Elles politisent des trivialités, des pis-aller, des conventions sans impact. Acheter un livre. Écouter un disque. Consulter un site. Poster un commentaire. Porter un t-shirt. Fréquenter des gens plutôt que d'autres. Échanger des propos de bistrot. Prendre et distribuer les pains dans la gueule, à l'heure où lesdits bistrots ferment. Tous ces actes ne changent pas de nature juste parce qu'on en fait une forme de militantisme. Pas plus que le mondialisme devient plus désirable et moins gerbeux une fois déguisé en alter-.
Nous avons trop volontiers le culte de notre propre élitisme, et rarement les moyens de nos ambitions ou de nos prétentions. Quel acte quotidien nous différencie vraiment des « moutons », des « endormis », des « conformistes »? A quoi ressemblent nos amitiés, nos amours, nos familles quand on les compare à celles du premier connard venu ? Quelle indépendance, quelle marge de manoeuvre véritable, quelle maîtrise de notre destin nous confèrent nos poses esthétisantes et notre subversion maison ?
A quoi bon la subversion elle-même puisque la rebellitude se vend sous vide à des enfants de petits bourges sans remettre leur avenir économique en question ? Il n'y a plus d'En-Dehors. La Machine est partout, jusque dans sa propre négation.
Je ne méprise pas l'Idéal et n'appelle pas à le salir. Je demande à ce que soit tiré un bilan de soixante ans d'ethnonationalisme européen, de yaka, de puritanisme en paraboots, de Marches guerrières qui n'ont jamais fait frémir la moindre parcelle de terre, qui n'ont empêché aucune invasion allogène, aucun viol de masse urbaniste, aucune défiguration des patries, aucune expropriation des autochtones.
Je demande à ce que notre arsenal réel soit examiné de près, comptabilisé avec précision, qu'on sache exactement à quoi s'en tenir, quelles sont nos chances véritables, nos handicaps concrets. La plupart du temps, tout ce qu'on rencontre se résume à des illusions doctrinaires, des fictions maintenues, des rentes militantes, de l'arrivisme banal, du besoin de reconnaissance déprimant, un refus d'inventaire, des routines ineptes, une absence complète d'imagination, des égos boursouflés.
Je demande à ce que l'on reconnaisse que le temps ne travaille pas pour nous. Que l'Effondrement libérateur pourrait très bien ne jamais venir, ou s'être déjà produit depuis longtemps sans que quoique ce soit ne change. Que le camp natio n'a pas été plus à l'abri que l'ennemi cosmopolite des manipulations, des foutaises, des captations de fric et de bénévolat au profit d'escrocs, des chantages et des aveuglements. Que l'attachement viscéral à sa lignée ne mène pas automatiquement à la défendre efficacement, ni à bien la connaître, ni à s'en faire respecter. Qu'afficher en salivant un Code d'Honneur ultrarigide n'a jamais rendu personne plus fort, plus courageux, moins con ou moins niais par la simple magie des incantations. Que dénoncer des arnaques, des bidouillages, des mensonges obscènes ne mène pratiquement jamais à « réveiller » des gens qui n'ont pas l'impression de dormir, et veulent avant tout éviter des emmerdements supplémentaires.
Je ne me mets pas en-dessus du lot. Je n'ai rien accompli de décisif non plus. J'ai marché dans des combines grossières et des facilités honteuses. J'ai gaspillé une énergie et un temps d'autant plus comiques qu'ils n'ont donné aucun résultat tangible.
Je demande simplement qu'on arrête de se raconter des conneries.
08:30 | Lien permanent | Commentaires (109)