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11/01/2008

REACS MASTURB'

Monsieur Tang, plaisant plumitif relativement inclassable, raille gentiment les réacs, leur demandant si ce monde moderne qu'ils vomissent ne leur est pas indispensable. Plus punk-faf que réac (mais après tout on ne choisit pas les étiquettes que nous collent les gens), je réponds à leur place, sans me lancer dans des arguties sur ce qu'est la réacosphère et comment on en obtient l'AOC. Ca bataille pas mal à ce sujet dans les commentaires de son texte, d'ailleurs.

 

Le fond de la critique de Tang, c'est que le réac jouit de son dégoût. Il serait un mastubateur de la gerbe, accro à ce qu'il dénonce, trouvant dans la haine qui le dévore une volupté qu'il aurait honte d'avouer, pour peu qu'il en soit seulement conscient.

 

La critique a sa cohérence. L'aboutissement de la haine est la mort, celle de l'ennemi si on peut le détruire, la nôtre s'il est indestructible. A quoi bon s'acharner ici-bas si tout nous y est intolérable ? Ca tombe sous le sens. Le réactionnaire qui accumule les années de service et dont la rage ne décline pas devrait donc forcément trouver son compte dans le cloaque.

 

Il y en a sans doute qui fonctionnent sur ce shéma-là. Je ne parle pas en leur nom. Je ne parle au nom de personne, d'ailleurs. Le pluriel des "Enfants" de ce pauvre blogue, c'est surtout une coquetterie dérisoire, une manière de sonner un peu moins autiste et égocentrique. Voici néanmoins comment je vois les choses, pour autant que ça intrigue qui que ce soit.

 

Plus qu'un branleur clandestin, le réac est au contraire un "impuissant." Il ne tient pas particulièrement à sa vie ni à ce monde, mais il a l'instinct de survie chevillé à l'âme. Il voit bien que notre civilisation n'est plus qu'un immense tas de chiasse, mais l'idée de civilisation en soi lui paraît malgré tout belle et noble. Il hait ce que nous sommes devenus mais n'arrive pas à oublier ce que nous pensons avoir été.

 

Ce n'est pas par sensualité masochiste qu'il se maintient en vie et qu'il continue à ouvrir son claque-merde. Il faudrait pour cela qu'il ait sincèrement l'impression de tirer son épingle du jeu, de propager une Bonne Parole à des Happy Few dignes d'estime et de confiance. Il faudrait en outre qu'il ait, en son for intérieur, la conviction que tout ne va pas si mal que cela, ou que la situation finira un jour par basculer à force de persévérance.

 

Or tel n'est pas le cas, à tous les niveaux :

 

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° rien ne nous permet de croire à notre indépendance, à notre unicité. La nausée continue qui nous hante tête et tripes ne fait pas de nous des gens spéciaux. Elle ne nous protège d'aucune des crasses qui affligent nos contemporains. Nous pataugeons exactement dans la même vase purulente que le premier tektonikeur venu. Avec ou sans lubrifiant, sous GHB ou à jeun, coincé par la honte ou par des menottes, c'est la même enculade pour tout le monde, et nous pareil. Aucune perspective économique sérieuse, familles désunies, harcèlement pornographique, petits mensonges tactiques, addictions plus ou moins avouables, absence de structures de vie alternatives, isolement social, émiettement de la foi militante, renoncement à reculons... Notre statut d'Affreux Officiels ne nous protège de que dalle. Seul et pitoyable soulagement, nous répéter que nous sommes un peu plus conscient du viol que le reste du cheptel. A cela aucune jouissance, tout au plus une goutte de baume à l'esprit.

 

° le public de cette microscopique contre-culture n'existe virtuellement pas. Nous ne sommes peut-être qu'une vingtaine d'enragés comateux, qui se copient les uns les autres, chacun adaptant à sa petite sauce les mêmes rancoeurs que son voisin de Favoris. Nous ne savons pas trop à qui nous causons, quel effet notre prose lui fait, quel usage il peut bien en tirer concrètement. Un coup d'oeil à l'isolement social et médiatique des patriotes d'Europe suffit à clarifier la perspective : c'est à peine si nous perturbons les gradins du cirque soc-dem. Quand les eurotraîtres prétendent s'en prendre à notre discours, ce sont les instances démocratiques très officielles qu'ils visent. Boneheads, ethnocentristes, révisos ou spécialistes du complot sioniste, tout ce beau linge ne fait vraiment peur à personne, ni à ceux qui les dénoncent ni à Monsieur Moyen. Par contre, les capitalistes pur jus que sont Le Pen, Haider, Blocher, Bush ou Berlusconi terrorisent les Bien-Pensants. On ne leur impute notre aura que pour contrer leur projets, qui sont bien loin de nos préoccupations. Dépouillés de ce parfum rebelle, que nous reste-t-il ? Quelques routines de tribu urbaine morcelée.

 

° enfin, le réac lucide devine très bien que tout ne va pas encore si mal que ça. Le réac suicidairement clairvoyant devine même que nous sommes loin d'avoir touché le fond de la cuvette de l'Histoire. Nous vivons une chute qui n'aura jamais de fin, parce qu'il n'y a pas de limites à l'obscénité et à la décadence. Le réac moyen, en revanche, croit qu'un jour viendra où son peuple aura atteint un seuil critique d'humiliation et de colère, qui le poussera soit à prendre les armes, soit à ne pas s'opposer à ce que nous les prenions pour lui. Définir ce stade ? Il en est incapable. Il imagine tout au plus une dhimmitude officielle, une dictature talibane et multiculti bordélique, rien de précis. Mais il ne se résoud pas vraiment à ce cauchemar ; il l'utilise comme un point d'appui pour sa colère et sa détermination, sans envisager une seconde qu'une telle situation puisse durer éternellement. Il y a pourtant pire que cet aveuglement-là : il y a le refus de considérer qu'il est déjà trop tard depuis longtemps.

 

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Nos vies sont dirigées par les impératifs des vendeurs de malbouffe, des bourreurs de crânes publicitaires, des brasseurs de peuple et des illuminés mondialistes. Cinéma, télévision, radio et ouaibe nous gavent en permanence de laideur, de stupidité, de soumission volontaire aux usuriers, de glorification de la came et du putanat. L'eau courante des grandes villes a un goût de détergent, le pain ne se conserve pas douze heures, et chaque jour des millions de tonnes de nourriture intacte sont détruites plutôt que d'être vendues moins cher. Durant des décennies, des herbivores ont reçu des cadavres moulus en poudre comme nourriture. La mort de la paysannerie continentale a été planifiée puis minutieusement mise en oeuvre. Des vieillards sont parqués dans des crevoirs collectifs par leur famille, qui dans le même mouvement droguent leurs enfants pour qu'ils soient plus dociles à l'école. La haine du leucoderme est véhiculée par tout un pan de la culture hip-hop, qui génère depuis dix ans les plus gros bénéfices de l'industrie du disque. Le dégoût de soi et la vénération de l'Autre sont promues quotidiennement comme des manifestations éclatantes de sagesse et de courage.

 

Rien de tout cela n'a, à ce jour, déclenché la moindre folie meurtrière en Occident. Monsieur Moyen accepte, cautionne, participe, en redemande, pense à autre chose, ne pense à rien, prend des pilules pour ne plus penser qu'à son boulot et son crédit.

 

Et il y en a encore pour se demander sincèrement "Jusqu'où va-t-on descendre " ? La réponse est que nous ne nous arrêterons jamais. Nous avons déjà franchi le point de non-retour. Tout ce qui aurait provoqué des émeutes sanguinaires chez nos arrière-grands-parents est devenu banal. Et pour celui se sent des envies de planter des clous dans une batte de base-ball, il n'y a aucun espoir de faire payer cet effondrement continental aux responsables et à leurs successeurs. Il ne peut que hurler son horreur à s'en déchirer la gorge, hurler en attendant la folie ou la mort. Il ne le fait pas en croyant être utile. Il le fait parce qu'il n'a pas vraiment le choix. Il le fait pour ne pas tuer stupidement un inconnu qui n'y peut rien, ou pour éviter de faire du mal à ce qu'il lui reste de famille.

 

Là non plus, monsieur Tang, il n'y a pas de quoi se pougner la plume à pamphlet. Ecrire jour après jour ce genre de constat, ça n'a rien de gratifiant, ni même de vraiment soulageant. C'est Sysiphe crevant chaque soir l'abcès qui se sera à nouveau infecté le lendemain. C'est vider une fosse à purin avec une paille. Le tout dans le silence assourdissant et l'indifférence bovine de ceux qui se prétendent nos semblables.

 

J'exagère comme un ado sous amphètes ? J'en fait des tonnes pour que dalle ? Je fais mon putain d'intéressant en poussant la caricature à coups de truelle ? Possible. Qu'est-ce que j'en sais finalement ? Peut-être que mes ventilations sont tordantes, pas crédibles pour un sou, symptômes négligeables d'une mauvaise qualité de sommeil et d'un déclassement social bénin.

 

Peut-être que tout ça vous fait doucement marrer. Je préférerais, à la limite. Ca donnerait le sentiment fugace d'avoir été utile pendant un instant.