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16/01/2008

LE VIOL DES ANCÊTRES

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Un documentaire l'autre soir sur la TSR, le plus grand sanctuaire celte peut-être, découvert dans une carrière à la frontière est du canton de Vaud. Une certaine trique à penser qu'on vit depuis toujours dans l'épicentre d'un monde disparu. Théories fascinantes, images hypnotisantes - et douloureuses une fois de plus. La carrière "prend du retard", les archéologues doivent "sauver ce qu'ils peuvent", tout sera bientôt bousillé. Un immense cimetierre réduit en miettes pour construire des clapiers pour citoyens-consommacteurs. Ca rappelle ces ruines gallo-romaines (?) découvertes au centre de Lausanne, brièvement étudiées avant d'être elles aussi bétonnées. S'élève sur elles à présent un nouveau parking étriqué, rutilant et bien entendu racketteur.

 

On peut chercher pendant des lustres des explications socioéconomiques au pourrissement de notre civilisation. La faute aux allogènes, à la racaille insécuritaire, aux néoliberticides, à tout ce que vous voudrez. Quand je vois ce genre de choses, je me dis qu'il y a des raisons bien plus simples à chercher du côté de la métaphysique. Ricanement des sociologues et des militants de la plupart des chapelles connues. M'en fous : on peut affirmer qu'un groupe humain qui traite ainsi ses ancêtres ne mérite que de finir comme nous.

 

Nous parquons les "vieux" dans des crevoirs médicalisés, où la maltraitance et l'indignité sont moins que banales. Pouvoirs publics, société civile et congrégations s'inclinent dans une même courbette devant les marchands si ceux-ci décident que vendre du caillou vaut mieux pour tout le monde que de préserver des sanctuaires. Nos cimetierres eux-mêmes ne permettent plus aux morts de reposer en paix puisqu'on ne les laisse y pourrir qu'une poignée d'années avant de tout foutre dehors en vrac pour faire de la place aux suivants - votre dernière demeure ne sera qu'une gare de triage, une chambre froide camouflée en salle d'attente.

 

Tout ça rappelle ces histoires brumeuses d'égyptologues crevés on ne sait comment, quelques temps après avoir violé les tombes des rois oubliés du Nîl. On se rappelle que des centaines de momies ont été exposées à la corrosion de l'air libre, dépouillées de leur richesses, quand on ne les réduisait pas carrément en poudre pour des usages thérapeutiques abjects.

 

Quand un Orc croit nous insulter en nous conseillant d'aller baiser nos morts, il ne fait que décrire posément une réalité avalisée par l'ensemble du corps social.

 

Les Dieux, la sagesse, les anciens et les morts, éléments d'une même nébuleuse spirituelle à la base de toutes les croyances originelles de la foutue planète. Comme si c'était pour rien, un hasard, une stupide incidence. Nous connaissons tous ce vieux dicton, selon lequel les dieux rendent fous ceux qu'ils veulent perdre. Passez la tête par la fenêtre la plus proche, jetez un oeil aux environs, vous verrez que c'est parfaitement plausible.

 

Les hétéros se comportent en lopette et les pédales promènent leur "Fierté" dans des bastringues sponsorisées par les autorités. Les mères de famille déguisent leurs filles en pute, sous le regard passif et bovin de Papa, pour autant qu'il ne soit pas parti "vivre sa sexualité" dans une autre ville. Les hommes les plus puissants de la planète sont tous plus ou moins toxicos. La disparition d'espèces de moustiques nuisibles est pleurée comme un crime et le remplacement de l'Européen de souche par un masse bâtarde célébrée comme un "progrès inévitable". Nous bouffons de la merde en boîte lyophilisée et farcie de produits chimiques, que les publicitaires nous vendent en mettant en scène un artisanat culinaire antique fantasmé.

 

Des scientifiques sérieux et expérimentés investissent les médias pour nous dire de consommer bio et de nous déplacer en trotinettes sous peine de faire mourir Gaïa dans moins d'un siècle. Vendre son cul aux usuriers dès 16 ans, et pour ne s'offrir qu'un écran plat ou un Iphone, est non seulement accepté mais encore promu à chaque coupure pub, sur des affiches recouvrant les murs de nos villes. Les surfaces encore non-occupées sont barbouillées d'inscriptions illisibles par des primates chargés de quincaillerie luxueuse, emballés dans des fringues de marque informes.

 

Un Bon Citoyen est un individu qui admire ouvertement ce que cent générations avant lui considéraient comme hideux, imbécile ou gerbatoire. Il est licite, voire encouragé, d'avoir "honte de son pays", particulièrement quand une partie de sa population refuse de se laisser joyeusement enfiler par les traîtres et les apatrides.

 

Encore une fois, nous sommes loin, très très loin d'avoir touché le fond. Mais pour qui a la tripe un tant soit peu mystique, difficile de ne pas voir dans ce cumul d'absurdités et de grotesqueries un symptôme clair d'une folie furieuse à l'échelle continentale. Une démence parfaitement méritée à l'époque de l'Enfant-Roi, du travailleur jetable et des anciens euthanasiables du moment qu'ils coûtent plus qu'ils ne rapportent. Le savoir et l'accepter ne rend pas notre sort plus facile à avaler, parce que nous allons couler avec les masses en qui tout nous révulse. Mais on se dit que, quelque part, il y a une sorte de justice immanente et que cette déliquescence générale n'est que la monnaie de notre fausse pièce.

15/01/2008

" DEJA UN PEU MORT "

<< Bertignac, Bruni, Sarkozy, et le bourgeois « socialiste ». Aucun intrus, les amis. Tout un monde, très cohérent. Laid, inculte, simpliste, lénifiant. >>  C'est pas charitable de se moquer des socialistes, mais on va se resservir quand même.

 

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Post-blogum : Si vous avez pris le temps de flâner chez le camarade Nikita, qui ne doit guère aimer les Bras-Armés-du-Capitalisme-Patriarchal que nous sommes très clairement, vous aurez remarqué que sa prose goûtue lui a amené des commentaires peu amènes. Il s'est même vu, ou cru, dans l'obligation de publier une mise au point juste après, histoire d'expliquer à certains scatocéphales que non, il ne souhaitait pas la mort de mademoiselle Bruni. Ni celle des mâles qui achètent son album pour autre chose que d'hypothétiques photos à poil dans la pochette.

 

C'est quand même attristant. Je veux dire, pour lui. D'être lu par des blaireaux. Déjà qu'il y avait des incivils comme yours truly qui lui faisaient de la pub... De mon côté je peux pas (encore) me plaindre. A ce jour, n'ont commenté mes insanités que des gens majoritairement très aimables.

 

Voilà bien l'un des rares - sinon l'unique - privilège d'être un gros faf bas du front. Quand on écrit des horreurs ou des conneries, personne ne s'en formalise ni ne s'en offusque, soit parce que personne ne nous lit, soit parce que ça fait partie de notre cahier des charges officiel.