17/05/2008
NAPOLEON, GROS CON
Ce n'est qu'au XIXème siècle que la fameuse croix blanche sur fond rouge est devenue l'écusson national des Suisses. Auparavant il s'agissait uniquement d'un signe de ralliement des soldats Confédérés, bien pratique sur des champs de bataille où il était parfois difficile de s'y retrouver dans la mêlée des corps et des armes.
Tout commença en 1339 à la bataille de Laupen. Pour se différencier des autres combattants, les soldats suisses ont eu l'idée de coudre une croix blanche sur leur cote de maille. Peu à peu, on ajouta également une petite croix blanche sur les drapeaux des cantons. Lorsqu'il fallut créer une bannière militaire commune, notamment pour l'occupation des bailliages communs, c'est évidemment la croix blanche qui s'imposa. Quant au fond rouge, il a probablement été inspiré par l'ancienne bannière bernoise, elle-même constituée de cette couleur.
Au cours de la République helvétique (1798-1803), Napoléon Bonaparte interdit aux Suisses de porter la croix blanche, symbole d'Ancien-Régime. Il tenta d'imposer au pays une cocarde tricolore, verte, rouge et jaune. Ce fut le premier drapeau national de la Suisse. Mais avec la chute de l'Helvétique, il fut aussitôt abandonné.
Putain... On a failli avoir le drapeau du Bénin...

12:20 Publié dans De quoi j'me merde ? | Lien permanent | Commentaires (3)
15/05/2008
A MORT LE CINEMA SUISSE
Malheureux compatriotes, si vous étiez en plein apéro au moment du 19:30 de la TSR d'hier soir, 14 mai, vous avez loupé un immense moment de honte nationale. Sur l'idée de va savoir quel brillant esprit télévisuel, la chose a été intégralement réalisée par des cinéastes helvètes ou prétendus tels. Un genre de happening en l'honneur des soixante ans du Festival de Cannes, expliquait-on. Ca promettait d'être croustillant, les gourmets n'auront pas été déçus. Pour encore quelques heures, on doit pouvoir encore trouver le corps du délit ici. Si ça venait à disparaître prématurément, petit best-of :
- Jakob Berger nous explique qu'avant le tremblement de terre en République Olympique de Chine, il était de bon ton de trouver le pays fort méchant, mais que maintenant c'est plus possible avec tous ces morts et toute cette souffrance. "Le Sichuan est entré dans nos vies" et nos âmes humanitaires en sont toutes retournées, honteuses d'avoir tant critiqué ce noble peuple, magnifié par sa douleur. Et alors voilà, là nous voyons une femme chinoise qui pleure et qu'un policier veut stopper mais c'est elle qui le repousse parce que son chagrin ne peut être stoppé, comprenez ? Dommage que ça soit pas un Tsounami, parce qu'on aurait pu parler du réchauffement climatique et ça l'aurait vachement bien fait.
- En Autriche, où décidément ça ne rigole pas dans toutes les caves, un homme surendetté a passé toute sa famille par le fil de la hache. Patricia Plattner se pose de profondes questions sur ce qui arrive à ce pauvre pays et estime que c'est à cause du passé nazi du pays, du devoar de mémoare pas fait. C'est absolument lumineux. Adolf n'était-il pas autrichien, d'ailleurs ? Vous voyez bien que tout se tient. Pisse-copie, prenez-en de la graine.
- Vient le tour de Francis Reusser de nous parler des sanspapiers et sanspapières d'ex-France. Enfin, "nous parler", c'est beaucoup dire. Il a fort bien tenu la caméra et laissé s'exprimer ces gens qui sont Français parce qu'ils travaillent et paient des impôts. Privilégier le choc des images toutes nues, sans commentaire superflu, une démarche minimaliste qui interpelle au niveau du vécu. Ou alors il a foiré son affaire au montage et la bande-son a disparu, on n'est pas vraiment sûrs.
- Lionel Baier, avec plus un seul cheveu blanc, était supposé couvrir la conférence de presse du Conseil fédéral, c'est ce qui est spécifié dans le programme. Il a trouvé plus pertinent de filmer la banque nationale et de rappeler aux oublieux que nous sommes qu'il y a eu de l'or des nazis dedans - décidément ils sont partout ces jours-ci. En voilà un qui n'a pas peur de taper où ça fait mal et de coller au plus près de l'actu. Un vrai putain de rebelle septimartesque.

- Barthélémy Grossmann, lui, a eu la chance d'aller faire le saltimbanque à Cannes même. C'est l'aspect bâtard de l'endroit, entre "rêve américain" et réalisateurs anonymes, qui le fait "kiffer." Il kiffe tellement qu'il se filme en caleçon de bain, avant de nous offrir un désopilant numéro de lion en cage, grâce à un usage judicieux de quelques vaubans superposés. Charitable, il s'interrompt après quatre ou cinq feulements en suggérant au caméraman de couper, parce que sinon "ils vont avoir peur". Il est vrai qu'un certain malaise commençait à nous envahir.
- Ursula Meier, réalisatrice de "Home" nous parle de son film. Enfin je crois, je n'ai pas très bien suivi ; j'avoue avoir été distrait par son incapacité à regarder la caméra plus d'une seconde, son regard déviant systématiquement vers la droite. Penser à lui suggérer de garder ses notes en main, ça fera moins godiche, et puis le côté débutante qui s'assume ça pourrait avoir son charme si elle s'arrange un peu.
- Final apocalyptique avec le très contournable Jean-Luc Godard, dont l'oeuvre donne envie de se faire tout un week-end à mâter La Soupe Aux Choux en boucle en se dopant à la vodka-pomme. La "Vision du monde" qu'il nous offre, très "poétique" dixit Mémère Bachi. La poésie, c'est une succession d'écrans noirs parfois mouchetés de photos ou de fragments de mots. C'est aussi deux minutes de grognements d'un vieillard asthmatique, qui nous explique que le temps du cinoche et le temps de l'actu c'est juste pas pareil (y en a un mieux que l'autre, devinez lequel), puis trois minutes de voix féminine ânonnant un mantra auquel on ne comprend heureusement rien, tant il est noyé dans une triple réverb'. La principale différence avec Jean-Claude Van Damme, c'est que lui semble capable de ne pas prendre ses conneries au sérieux. Et puis les pubs avec Jean-Claude Van Damme, y a des gonzesses et des ananas découpés à coups de pied, c'est quand même plus abouti, artistiquement parlant.
A part ça, il n'y a qu'un film suisse à Cannes. C'est incompréhensible.
00:31 Publié dans La Zone Grise | Lien permanent | Commentaires (7)
14/05/2008
" EN TEMPS DE PAIX, L'HOMME BELLIQUEUX SE FAIT LA GUERRE A LUI-MÊME "
Il n’y a pas chez nous de fascination pour la guerre et la violence en tant que telles. Combien de guerriers de comptoir qui ne sauraient pas se servir correctement d’une pétoire ou seraient tétanisés au moment de choisir entre leur peau et celle d’un autre ?
Passé un certain stade de rage, de frustration et de dégoût, la lassitude finit par l’emporter sur les élans d’explosion. Tournent encore sous le crâne des images floues de massacre, mais c’est à peine si l’insulte parvient encore à remonter jusqu’aux lèvres. Tout s’est figé, comme ces cristaux insoupçonnés qu’abritent parfois les pierres des montagnes où personne ne vient marcher.
Ce qu’il reste en nous d’attrait malsain et infantile pour l’univers martial, nous vient très simplement d’une complète absence de véritables rites de passage et d’occasions de prouver notre valeur. Il ne s’agit même pas de courir après le triomphe des obstacles et le vertige de la domination totale : c’est la recherche du crash-test, l’épreuve de force au premier sens du terme, voir si l’on sera brisé ou encore en un seul morceau. Or rien de tel autour de nous. Rien qu’une interminable succession d’intégrations foireuses à des chapelles sans âme.
Baigner dans l’aigreur d’une famille médiocrement dysfonctionnelle en tentant de préserver un peu d’innocence solide, histoire d’avoir quelque chose de beau à transmettre. Le formatage du malaxeur scolaire, où s’enseigne le désamour de tout effort et de toute connaissance. La rééducation permanente du monde de l’entreprise, où il faut rentrer comme d’autres s’échappent de prison, en creusant son tunnel à la petite cuillère, sans garantie de déboucher ailleurs que dans les égouts. Aligner les CDD affectifs fades qui assèchent votre capacité d’aimer, jusqu’à ce que l’un de ces contrats se transforme, sans trop qu’on sache comment, en un de ces ersatz de « foyer », exactement du type qu’on s’était juré de ne jamais reproduire.
Tout ça pour quoi ? Pour le droit de recommencer, et de dire merci, et d’assurer tout son entourage que rien ne pourrait aller mieux, qu’on s’est pleinement réalisé dans ce marigot poisseux. Des centaines de grammes de Valium, d’heures d’analyse, de kilomètres de jogging sur bitume pour meubler ces abysses où la Machine n’exige plus rien de nous, et où l’on se prend en pleine gueule la vacuité de nos heures de veille.

Dans le travail à la chaîne abrutissant que sont devenues nos vies, même l’alternance entre souffrance et ennui est lente, molle, feutrée. Pas moyen de se réveiller en cognant les murs avec la tête : tout est capitonné et désinfecté. Nous moisissons sur pied, en attendant des choses auxquelles nous ne croyons même plus vraiment. Trouver un *bon* job *stable*, faire enfin des mouflets, vivre ailleurs que dans un clapier irrespirable ne fera pas passer ce goût de cendres dans la bouche, comme une salissure définitive.
Voilà comment le « Il vous faudrait une bonne guerre », tant raillé par les Jouisseurs Désentravés, fait son retour clandestin parmi nous. Il n’y a pas que le désir tout-puissant d’éparpiller à tous les vents la montagne de fumier qu’est cet Occident dégénéré, victimolâtre, enterré vivant sous les Wii-fit et les Iphone. Il y a aussi et surtout le terrible besoin d’être évalué sur d’autres critères que la rentabilité, par d’autres maîtres que des agences de placement, à travers d’autres épreuves que la résistance au sentiment d’inutilité et d’absurdité. En acceptant d’avance tout jugement : la délivrance de l’échec ultime à survivre aussi bien que l’écrabouillage orgasmique de n’importe quel ennemi officiel. Bouffer ou être bouffé. Mais pas continuer à moisir pour que dalle, en se shootant au désespoir pour oublier qu’il n’y a que la grisaille et un coma sans fin à espérer.
Alors il faut picoler, chercher la castagne avec les supporters d’en face, finir la nuit au poste, se fritter avec la flicaille aux grand-messes mondialistes, harceler les baleiniers, foutre le feu à des parkings, prêcher le jihad ou la guerre raciale – n’importe quoi pour retrouver quelques sensations animales pures et pour secouer les sens émoussés par le viol médiatique et idéologique permanent.
Automutilations de singes en cage.
10:58 Publié dans Marées Noires | Lien permanent | Commentaires (6)
L'ABIME AUSSI REGARDE EN TOI
Voilà des semaines que je triture quelques lignes sur l'ami Kaczynski. Il doit y avoir dix ans que j'ai lu son manifeste et que, pour le grand bonheur rigolard des analystes sourcilleux et des esthètes distingués, je ne m'en suis toujours pas remis. Je l'ai relu plusieurs fois, à diverses époques, dans un silence que seul venait troubler le fracas des barrières mentales s'effondrant dans ma navrante caboche.
Ca méritait bien un petit hommage, façonné manière art brut. J'aurais volontiers fait une sculpture en pâte à modeler, par exemple, si j'étais déjà interné. Ca aurait pu avoir une certaine gueule, et la maladresse même de l'oeuvre aurait dégagà l'aura malsaine de rigueur. Et puis voilà, je suis toujours libre de mes mouvements et ce putain de texte n'avance pas. C'est d'autant plus navrant que Frater Piotr, répondant avec sa célérité coutumière, m'avait mitonné l'indispensable complément pictural pour aller avec - et qui prend les acariens dans mes dossiers depuis des semaines. Une pitié.
En attendant, et pour contribuer à la propagation de la gloire dudit Piotr, je place ici, toute nue, une autre de ses oeuvres récentes autant qu'exclusives, qui malgré cette laborieuse intro n'exige aucun commentaire particulier (à part que quand tu cliques sur l'image, toi y en a l'avoir plus grande ailleurs, la routine). Spéciale cace-dédi à mes rares amis et/ou camarades d'ex-Hagone. All hail the new French !
09:01 Publié dans Pi(o)treries | Lien permanent | Commentaires (0)
