27/12/2008
VOTE ET CREVE (D'ENNUI)

C'est l'histoire de deux chifonniers qui en ont marre de passer leur temps à cracher dans la brouette de l'autre. Alors ils se disent qu'ils feraient mieux de s'entendre pour lutter contre la concurrence déloyale des grandes surfaces. C'est une histoire vraie, qui se passe chez nos voisins frocards.
"Je vois par exemple tous les jours sur Dailymotion ou sur des blogs des partisans de Ségolène Royal mettre en ligne des films, des podcasts ou de simples commentaires juste pour nous taper dessus! Leur rage se focalise contre nous et pas du tout contre la droite", déplore-t-il.
"Pour éteindre cet incendie à l'intérieur du PS, j'estime qu'il faut redonner ses lettres de noblesse au combat droite-gauche et choisir les terrains de ce combat. En particulier celui des conflits sociaux", insiste Benoît Hamon.
En Suisse, c'est plus pragmatique ; tous les partis ont décidé qu'ils devaient avant tout se battre pour que tout le monde soit toujours d'accord et gentil avec tout le monde. La différence avec l'ex-France, c'est que les Helvètes ont carrément choisi de supprimer le Tthéâtre Guignol et de payer pour un spectacle de marionnettiste sans marionnettes. C'est notre version bien chuiche de la grisaille, notre Sonderweg de l'asphyxie.
Des gens qui me veulent du bien me jurent qu'on trouve encore, des deux côtés de la frontière entre ces deux pays, des gens qui votent en ayant l'impression d'accomplir un geste utile, nécessaire, productif, voire citoyennement sexy.
11:43 Publié dans La Zone Grise | Lien permanent | Commentaires (3)
23/12/2008
ANIMISME ORDINAIRE

Neuf heures du mat. Congé (oui, non, parce que là, ces temps, je bosse, tu vois? Je sais que ça fait bizarre.) Le soleil fait une grève toute higelinienne. Enfin c'est la brume qui le prend en otage, on ignore encore ses revendications. Les "fêtes" ne sont pas encore passées et j'ai déjà pris beaucoup trop de gras, un ou deux frocs me l'ont fait comprendre sans pitié aucune. Il est temps de reprendre des doses régulières de bois et de boue. En route pour la forêt la plus proche, et du jarret, putain de merde!
Le long du parcours, diverses idoles néopaïennes, oeuvres de bûcherons facétieux. Il y en a une qui me plaît tout particulièrement, du fait de son caractère maladroit, enfantin. Elle exhale quelque chose d'à la fois primitif et malsain, c'est difficile à décrire - c'est un peu ce qu'on ressent la première fois qu'on visite certaines sections de la Collection de l'Art Brut. Elle est souvent décorée de branchages, de petits cailloux. Cette fois-ci, quelqu'un s'est donné la peine de lui confectionner un petit bouquet. Vu qu'on est fin décembre, ça ne devrait pas me surprendre.
Ce sont plutôt les modestes offrandes apparaissant le reste de l'année qui sont touchantes, et parlantes surtout. Elles ne sentent pas le gros mytho, ni le bricolage sectaire. Il y a derrière ces mises en scène élémentaires quelque chose de plus simple et plus fort qu'un ex voto : chercher à créer de la beauté avec peu de choses, au hasard des éléments rencontrés et de la lumière toujours changeante qui filtre à travers les troncs noirs.
Un catho conséquent autant qu'un ethnologue sérieux (je sais qu'il y en a encore) pourront démonter vite fait ces petits gestes, y voir un signe de la misère spirituelle du leuco Citoyennifié qui se paluche au New Age pour mettre un peu de baume sur son sentiment de n'être plus qu'une marchandise. A l'inverse, les paganos croyants-pratiquants-pontifiants seraient avisés de ne pas déceler la main de Wotan dans ces actes sans grande portée mystique. Dans ma famille, le seul Yule qu'on connaisse, c'est celui-ci; et pourtant Dieu Thor Le Grand Architecte Qui Vous Voulez sait si l'on y pratique, sans manuels ni rites, une forme d'animisme décontracté. Ca commence tout bêtement par imprégner les tout jeunes morveux de l'odeur des pins, de la musique des ruisseaux et de l'enivrant isolement des altitudes sans téléskis. On ne m'enlèvera pas l'idée que la mauvaise pente que je suis depuis quinze ans a son origine dans cette initiation muette. Pour vivre semi-heureux dans du béton, il faut n'avoir jamais entendu le silence olympien de la montagne, une nuit d'été. Ou alors pas avant 11-12 ans. Plus tard, on a encore une chance d'intégration socio-spectaculaire acceptable.
Nous ne sauverons pas la planète, qui survivra au contraire très bien sans nous. Nous n'allons pas non plus la saccager, puisqu'en l'inondant de pétrole ou d'uranium nous ne ferons jamais que hâter notre disparition - ce qui rejoint le point précédent. Par contre, ce que nous pouvons faire, c'est rendre le monde qui nous entoure un peu moins moche.
11:24 | Lien permanent | Commentaires (2)
ETRE PRIS AU SERIEUX
Je bosse depuis trois ou quatre jours sur un texte assez épais, sans doute l'un de mes plus mauvais et brouillons, qui donne dans le proudhonisme adulescent et la sociologie de carnotzet. L'effet Comité Invisible, je conjecture. Ca ne servira à rien, mais pour le même prix ça sera pénible à lire. Je le balancerai en pdf, comme ça ne s'y risqueront que ceux qui le voudront vraiment.
Je relis plusieurs fois la longue esquisse du truc et, grand classique, après l'ivresse originelle d'avoir pu mettre en forme des intuitions animales, c'est l'attaque radicale de lassitude, la déception, l'envie de tout foutre aux cagoinces. J'ai le dégoût qui fertilise la gamberge, comme bien des grands malades. Débarquent des considérations sur la rage d'être entendu, compris, légitimé dans ce qu'on dit, pense ou fait, si maladroit et inabouti que ce soit.
Etre pris au sérieux. Drôle de besoin, tout de même. J’entends : être pris au sérieux par quiconque condescend à nous lire ou nous écouter. Comme si on respectait tous les gens que l’on croise dans une journée ! Mépriser tout individu a priori, et s’attendre à ce qu’il prête attention à nos délires, qu’il en savoure les raffinements, qu’il en reconnaisse la cohérence ou la pertinence ? {X est un clown, X ne comprend rien à rien, X n’a aucune idée de quoi il cause} – ça devrait être vexant ? Si on commençait par bosser un peu sur nos carences en matière de reconnaissance, pour voir si, des fois, l’essentiel de notre sociopathie ne commençait pas par là ?
Bander pour le vedettariat, s’échiner à être un poète-maudit, et même se complaire dans sa propre abjection, autant de postures qui relèvent du même pipeau. Notice me !, pour la chanter comme Justin Sullivan. C’est navrant tant que ce n’est pas pleinement assumé. En pleine connaissance de cause, c’est juste insignifiant. Et c’est très bien, l’insignifiance, c’est l’essence même de la condition humaine, tout particulièrement sous nos actuelles latitudes. Et d’autant plus, ô combien plus, quand on est un toubab à grande gueule et qui n’a pas envie de trinquer à la disparition de son espèce. Passe encore, vois-tu, si on la jouait tabula rasa, terre brûlée, après nous le déluge. Mais il n’y a pas qu’auto-génocide, il y a substitution et müeslification. Va pour crever sans laisser de trace. Se transformer en doqueginéco, par contre, c’est tout simplement insupportable, comme perspective.

Vous vous rappelez Highlander ? Le Kurgan ? « Il vaut mieux mourir que disparaître » ? Voilà de quoi méditer pendant d’interminables insomnies, les petits gars. Ca a encore plus d’impact en VO : « It’s better to burn out than to fade away » (on me chuchote que Neil Young a chansonné sur le même thème, ce qui fait quand même moins vulgaire comme référence littéraire). J’en causais récemment avec un cryptobolcho, pour qui le suicide kamikaze relevait immanquablement du désespoir absolu. J’estime pour ma part qu’on est désespéré quand on accepte l’indignité, quand se débattre en pleine merde paraît pire qu’épuisant : vain, creux, voire ridicule. Se foutre en l’air peut être l’ultime acte noble d’un homme qui a perdu toute estime de soi. Et ce paragraphe n’a rien à voir avec ce qui précède.
Etre pris au sérieux, donc. Vouloir à toute force être compris, bien plus que soutenu. Quelle erreur. C’est de soutien, et de rien d’autre, dont on a besoin. Un soutien inconditionnel, aveugle, primitif, et surtout pas de compréhension.
Un bon début pour l’obtenir, c’est peut-être de ne pas se prendre soi-même au sérieux. Parler gravement de sujets gravissimes, mais ne s’accorder que l’importance que l’on mérite quand on n’est ni chef de guerre, ni patriarche, en un temps d'implosion culturelle qui exigerait que l'on soit l'un, l'autre, ou rien du tout. Si je claque cette nuit, ça sera rien du tout. Il est urgent que je mette des moutards en route, nom de dieu. Ou que j'aille saboter des rails. Ca doit être presque aussi agréable, c'est plus vite fait, et quand les emmerdes se pointent, au moins, on n'est pas trop surpris.
00:18 Publié dans De quoi j'me merde ? | Lien permanent | Commentaires (10)