17/09/2011
CA PARAÎT LOGIQUE
A Lausanne, une partie de la rue de Genève n'a pas bonne presse. Celle qui, dès la nuit tombée, devient le haut lieu de la prostitution de la capitale vaudoise. En moyenne, quelque 400 véhicules et leurs occupants y transitent chaque soir, attirés par les travailleuses du sexe et les salons de massage. Un phénomène récurrent qui irrite les habitants du quartier, dont la plupart sont à bout de nerfs. (...) Mais la Municipalité semble avoir toutefois pris la mesure du problème. Une réflexion globale va être menée quant à sa résolution définitive et la mise à l'enquête pour l'érection d'une borne a enfin été lancée.
Lausanne Cités, 15 septembre, page 1
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16/09/2011
MOBILITE DOUCE
15:29 | Lien permanent | Commentaires (1)
BABY-SITTER

Téléphone au milieu de la journée. L'ami Vlad.
Tu peux venir garder la petite ce soir ? On sort. C'est un peu imprévu je sais.
Ben oui qu'on peut, Vlad. Je ne suis pas sûr de comprendre l'urgence mais on peut. Pas trop poser de questions.
Sur place, on nous briffe rapidosse : Anatole, fils de Guilliermine, a son annif' ce soir même. Guilliermine pensait l'emmener au resto, soirée mère-fils, lâchez une larme. Or Anatole a sonné en douce son géniteur, Ülrich, très désireux de le convier à la mangeaille. Ülrich a quitté le domicile conjugal depuis quelques lustres, s'autorisant ça et là à y revenir dormir, et pas sur le canapé-lit, on ignore ce qu'en a pensé Fantine, nouvelle feniaule d'Ülrich, on lui souhaite de ne pas avoir été mise au jus. Les relations entre Guilliermine et et Ülrich, depuis ce temps? *Compliquées* [insérer sourire jaune ici].
A la même table de la belle famille unie autour du bonheur de leur lardon, qui voilà ? Björn, le nouveau sextoy bipède de Guilliermine, bien sûr. Enfin ex-nouvel-ex, quelque chose comme ça ; l'avait envie de vaquer à d'autres cuisses, aux dernières nouvelles. Je suis foutrement mal informé.
Guilliermine est une femme moderne, libérée des carcans du patriarcat fâschÿste, qui fait ce qu'elle veut de son corps et gère sa famille sans besoin de l'aide de personne. Si elle a lu la presse féministe des années 90, elle n'a sûrement pas oublié que les familles recomposées, c'est du velours enrobé de sucre, qui fait baver de jalousie cancérigène tous les couples 0.1, même qu'ils s'en sortent bien mieux parce qu'au moins, avec eux, y a pas tous ces sales tabous au sujet des infidélités de Donneur-de-Sperme ou de la naïveté de Donneuse-d'Ovule.
Ce qu'on vous explique pas, dans Féminaze, c'est que le progrès, la décomplexion joyeuse, la décolonisation de l'imaginaire, ça paraît marrant de l'extérieur mais une fois qu'on y a plongé, c'est plutôt saumâtre comme eau. Un peu comme un plug anal : une fois que c'est mis, le gadget érotique vachement caliente se transforme vite en un truc qui fait mal au cul d'une conne qui s'est rarement senti si... eh bien conne.
Souffler les petites bougies entre les représentants de l'Ancien régime - avec qui aucun traité de paix n'a été signé - et du Nouveau, goguenard et je-m'en-foutiste, Guilliermine, au moment de rejoindre la cantine, ça lui donne comme des reflux.
Alors elle fait ce que fait quiconque chute par mégarde dans la fosse à purin : elle sonne des potes pour leur faire généreusement profiter des miasmes. Quand on pue à plusieurs, c'est un peu comme si on poquait moins soi-même. Bonnes pâtes, Monsieur et Madame Vlad accourent à la sauterie, puisqu'on accepte de garder Vladounette pendant qu'ils vont se payer du bon temps en chouette compagnie.
J'ai l'air, comme ça, de sarcasmer, de condamner, de moraliser la famille Made in Pétain comme panacée et la lapidation des traîtresses qui refusent de se dessécher en silence dans un mariage raté, pour ne pas déranger le bel ordre du Lebensborn. C'est pas ça.
Je l'explique longuement à Vlad quand il revient de sa soirée en apnée. Je lui dis qu'il n'y a pas de mariages "réussi", que la famille est un étouffoir, que nous sommes virtuellement tous condamnés à l'échec vu les circonstances, etc.
J'ai eu mon compte, merci beaucoup, de relations bancales, d'arrangements piteux qu'on s'autorise par tristesse, par épuisement, par désir inconscient de descendre encore plus bas dans la boue pour s'y enivrer à s'en évanouir.
Je JUGE PAS, comme on dit avec angoisse chez les Amis-du-Peuple.
Je m'étonne juste qu'on puisse à la fois se comporter comme le dernier des égoïstes, avec son seul plaisir malsain en vue, et dans le même temps se respecter si peu qu'on puisse ainsi perdre toute dignité, pour maintenir une fiction d'unité à laquelle le gosse ne croyait déjà plus avant de savoir articuler son mal-être.
Tout pourraît être foutrement plus simple, moins glauque, moins ridicule.
La brûlure persistance du ridicule, voilà la clé de tout le bousin. Le programme ultime de protection contre les mauvais choix à répétition.
Ne s'occuper que de son propre cul, quitte à fourrer celui de tous les autres, potes et familles confondus, ça veut logiquement dire qu'on n'aime vraiment que soi. Je crois encore, naïveté cro-magnonne je présume, qu'on protège naturellement, spontanément ce qu'on aime. Que si l'on n'aime que soi, on ne s'explose pas volontairement à la honte, à la gêne, à cette conviction muette mais impérative que tout est complètement de traviole alors qu'on pensait se la jouer décontracté, pas-prise-de-tête. L'épiphanie du ridicule devrait fonctionner à tout jamais comme une infranchissable barrière d'anticorps. Devrait.
On ne peut même pas compter sur le ridicule, faut croire.
09:12 | Lien permanent | Commentaires (7)
