11/05/2007
CHOISIS TON BULLETIN, CAMARADE
Jeudi soir. Zapping à moitié endormi sur les chaînes d'ex-France - si on coupe le son et qu'on met Strapping Young Lad à fond les casseroles, c'est un tue-temps relativement efficace. Commence Envoyé Spécial, avec un reportage qui semble causer des stratégies électorales présidentielles. Je remets le son, histoire de suivre un peu plus sérieusement. Stupéfiante plongée dans les égouts de la démocratie. Ce petit film a l'immense mérite de montrer le sordide qui se planque mal derrière le clinquant des bastringues votistes, qui ressemblent toujours plus aux dérisoires Conventions à chapeaux et confettis de nos amis yanquis.
Gros doute quant aux intentions réelles du réalisateur : après une demi-heure de ces agitations d'arrière-boutique et de putanat franchement affiché, impossible de conserver le moindre respect pour tout ce qui est estampillé "Citoyen". Mais ce n'est sans doute pas fait exprès ; le gaillard est peut-être même un démocrate pur jus. Ce contraste entre intentions et résultats ne fait que renforcer l'horreur du truc.
Même sentiment de lapsi révélateurs en série avec les portraits croisé de toutes ces Vestales des Urnes Divines, t-shirts bleus contre t-shirts roses. On les voit trépigner en écoutant des platitudes consternantes, acclamer des lapalissades qui normalement flingueraient une carrière politique, huer des faux adversaires qui ne font que pinailler sur des détails inexistants. Putain de jeu de rôle. Ces mimiques caricaturales, ces airs égrillards, ces coups de coude complices entre victimes d'un bad trip collectif, tout ça vous a un je ne sais quoi d'obscène, de déplacé. Impression de faire le voyeur à une soirée sado-maso, où des vieillards en cuir mou jouent laborieusement au SS libidineux. Mais on n'est pas dans un docu sur une secte millénariste mongolienne : tout ce beau monde est respectable, considéré, supplémentd'âmifié, donné en exemple du Printemps de la Démocratie.
Les plus beaux bourgeons de cette souche morte, on les trouve dans ce qu'on nommait "banlieues" en 2005, et qu'il convient d'appeler "quartiers" désormais - comme quoi c'est plus respectueux, voyez l'truc ? Ah ils sont mignons tout pleins, ces Néo-Français qui vont sonner aux portes des clapiers pour RMistes, qui fournissent l'écran plat et le tournoi de streetball en échange d'une promesse de branlette en isoloir, qui "ne donnent pas de consigne de vote" mais qui expliquent "qui sont les bons, les moins bons et les très méchants". Leur manque qu'un brassard ou un bonnet phrygien, à ces milices démocratiques. Aux urnes, citoyen, si tu veux pas mon bataillon dans la face ! Jusque dans mon entourage helvète pas concerné pour un centime de Neuro, on m'a expliqué qu'un vote blanc, c'était concrètement un vote pour Sarko.
Finalement, je les comprend, tous ces participationnistes. Rien que l'expression de "Vote Blanc". ça sonne limite Croix Celtique et tout ce vilain tintouin pas fréquentable.

17:15 Publié dans Chez les boniches de la Zone Grise | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Dire "quartiers" c'est plus poli, démocratie SM, quelle est cette secte très étrange
08/05/2007
UN PREMIER TEXTE NATIO-ANAR, PAR D. MICHAELS
En-dehors de mes insanités maniaques, ce blogue, pour sa durée de vie fort aléatoire, hébergera aussi quelques traductions maison de littérature national-anarchiste. Ce texte relativement long a été écrit en anglais par un certain D. Michaels, qui se base sur des exemples propres au monde anglo-saxon mais dont les enseignements sont transposables partout en Occident. On pouvait le consulter il y a peu encore sur http://www.nationalanarchist.com/importance.html, mais la page est en rade. Cette trado est déjà parue ailleurs, il y a un an ou deux, sur l'antenne helvète de Novopress. Y est-elle encore ? Moi pas savoir.
Chez les soi-disant extrémistes de « gauche » comme de « droite », il est souvent question de faire la Grande Révolution contre l’américanisation de la société. On parle beaucoup plus rarement des moyens concrets de mener cette Révolution, et des conditions sociales ou économiques qui permettraient de dépasser le stade de l’émeute de quartier. Du côté de Clichy-sous-Bois en 2005, on a eu un bel exemple de ce que peut accomplir une jeunesse enragée, soudée par une même sous-culture urbaine et sans projet politique sérieux : beaucoup de bagnoles brûlées pour aucun changement tangible. Pareil pour les actuelles guignolades post-électorales sarkophobes : on cherche toujours l'assise populaire et le projet de société structuré derrière ce théâtre de rue...
Dans leur état actuel, les forces patriotiques d’Europe ne peuvent pas espérer faire mieux. Si elles veulent se sortir de leur rôle d'épouvantail d'arrière-scène, il serait temps qu'elles le réalisent et qu'elles agissent en conséquence, en commençant par une autocritique sérieuse et un réajustement balaise entre les buts visés et les ressources disponibles.
Le texte de D. Michael traite de questions centrales, à savoir les stratégies qui sont à notre disposition pour résister à la dilution de la Dictature Molle. L’auteur règle son compte aux rêves de prises de pouvoir légales, et démolit les aphrodisiaques romantiques à base de pavés et de barricades. Son constat est dur mais salutaire : la résistance frontale face au Système ou les tentatives de le battre à son propre jeu se sont soldées par des échecs ou des compromis camouflés en victoires par les rentiers du militantisme. Pour éviter la récupération ou le renoncement, il va nous falloir faire autrement.
D. Michael propose un regard impitoyable sur les mythes consolateurs du Milieu face à sa propre impuissance, et appelle à dépasser les routines mentales et activistes qui paralysent notre action.
11:25 Publié dans National-Anarchisme | Lien permanent | Commentaires (0)
07/05/2007
HISTOIRE URBAINE SANS MORALE II
De retour dans la capitale, de bonne heure, la première fois depuis bien longtemps. Le bus arrive, les rares matinaux en sortent à l'exception d'un seul qui reste assis. Lunettes transparentes mais fort peu médicales sur le nez, bonnet relativement peu printanier sur le plot, oreilles hermétisées à l'Aïepode. Fringues de marque "racaille-de-luxe", sac de sport itou. Le regard absent, une expression de maître zen. Tout au long de notre trajet commun, qui durera vingt minutes, il têtera avec une belle régularité une bouteille de whisky dégueulasse. A-t-il mis du thé froid dedans ? Est-il immunisé par des années de pratique assidue ? Il a l'air plutôt avachi mais ses gestes sont précis, parcimonieux, rien de chaotique. Dans son sac, la petite soeur de la première, déjà vide ou encore pleine, on sait pas trop. Je suis monté au terminus et il était toujours à sa place quand je suis descendu : combien de tours du circuit aura-t-il fait durant la journée ?
Il me reste quelques heures à marcher sous la pluie, à la recherche d'un cadeau. C'est tout moi, ça, m'y prendre systématiquement à la dernière. Tout le monde le fait, sans doute ; les gens organisés ne sont pas "normaux". Pourquoi pas un bouquin ? Je passe justement devant un grand supermarché de l'imprimé. Fait chier de leur filer du fric. Mais bon, comme disait Brutal Truth, Extreme conditions demand extreme responses : c'est une situation de crise qui justifie la compromission avec la grande distribution. Se répéter ça trois fois ce soir avant de dormir.
Il me faut quelque chose de léger, d'humoristique, de la chick-lit en somme. Surtout se garder de prendre quelque chose qui me plaît, échec assuré au déballage ce soir. Mais quand même, lui acheter de la merde façon Bridjette Djeaunze ? Faire foutre, un équilibre doit être possible entre le pamphlet impubliable et le Prix Fémina. En farfouillant, je passe devant un présentoir rempli de littérature pour moutards. Une bédé, format étrange, pas vraiment A4. Dessins laids et sommaires. Deux enfants hilares. Un adulte bronzé souriant. Un adulte pâlichon qui tire la gueule. Titre : "Mon papa a peur des étrangers."
Certainement une histoire qui finit bien. On ne trouve plus de contes qui finissent mal, de toute manière : faut pas les traumatiser, ces petits. "Mon papa est un nazi qui se fait enfiler en prison (et c'est grave bien fait pour sa gueule, il peut toujours se toucher pour les visites et les colis)", je sais pas pourquoi, ça sonne plus didactique et citoyen, mais vachement moins vendeur aussi.
Bien joli d'éduquer les démocrates en herbe, mais si c'est pour se retrouver avec des hangars entiers d'invendus, ça vaut pas la peine.

12:45 Publié dans De quoi j'me merde ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Dénonce tes parents, grossistes en papier, cailleralcoolique ?