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28/09/2007

COMPLIMENTS A LA PYRRHUS

Beaucoup de foin à RéacLand autour de ce karaoké mièvre.

 

Et que "c'est pas juste", et "deux poids deux mesures", et "qu'est-ce qu'on entendrait si on disait que les Noirs ont pas marché sur la Lune"... Litanies éculées.

 

Première réaction : ne pas en parler. Quoi à battre, de ce que la jeunesse acéphale d'ex-France s'enfile dans les oreilles ? Des aiguilles à tricoter seraient certes préférables mais quoi ? C'est pas encore tendance, va falloir attendre. Deuxième réaction : en parler quand même, pour dire qu'il ne faut pas en parler. C'est idiot. C'est blog-friendly. Pas de fausse pudeur.  

 

Perso, je ne sais pas danser comme un Noir, c'est vrai. Je suis aussi relativement médiocre au maniement de la machette et je ne sais pas guérir le sida avec de la betterave et du citron (alors que Tabo Mbeki se démerde pas mal, par exemple). Et si M. Deano veut faire une autre chanson sur ce thème, ça va pas me couper l'appétit.

 

(A peine) plus sérieusement, Camarades Irrécupérables, vous vous sentiriez mieux si Skyrock passait autant de Dr Merlin ou de Landser que de ce genre de singeries sous-développées ? Ca vous émoustille, l'idée d'être équitablement représenté sur la sciure du Merdiatik Cirkus ?

 

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Ou alors ce sont vos réflexes caviardeurs qui parlent ? Censurez-moi ce guignol qui manque de respect à mon peuple ? Mais il a parfaitement RAISON, ledit guignol ! Il a raison de se payer la fiole des pathétiques blanchouilles modernes ! Particulièrement de ceux qui acceptent les codes, les valeurs et les critères esthétiques du Lumpen le plus fier de sa crasse ! On n'a pas encore trouvé de tradoche convenable pour "Wigger", mais il serait temps qu'un distingué polyglotte se dévoue, parce que ce ne sont pas les spécimens qui manquent. S'il y en a qui doivent se sentir blessés, c'est bien eux. Envie de vous solidariser ? Ohne mich.

 

Dernière explication possible, la plus plausible aussi : un cocktail de routine parano et d'exaspération face au matraquage. Plein le cul d'avoir le mauvais rôle collectif, d'être rabaissé au rang de petit-fils d'exclavagixte, de devoir dire "Eux" avec admiration mais jamais "Nous" avec fierté. D'accord. Capiche. Pas une excuse.

 

Pas une excuse parce que nous savons depuis des lustres qu'il n'y a rien à attendre de bon de la Boîte-à-cons. Et encore moins des institutions droadlomistes. Nous savons que leurs beaux principes de respect et de tolérance sont à sens unique, valables pour toutes les minorités sauf les Visages Pâles fauchés, à disposition de tous les peuples sauf les Blanchouilles.

 

On va passer encore combien de siècles à exiger d'être traités avec dignité par les gardiens de notre taule ? " Monsieur le Directeur, je remarque avec humeur que les mâtons sont mieux traités que les détenus et je proteste". Une phrase pour résumer tout ce que la réacosphère répète à nos Propriétaires depuis vingt ou trente ans. Et ils ne sont toujours pas fatigués d'exiger qu'on leur botte le cul avec des pantoufles plutôt qu'avec des santiags. Toujours pas marre de n'arriver à que dalle avec les mêmes méthodes, les mêmes discours, les mêmes indignations citoyennes.

 

Pas de démocratie pour les ennemis de la démocratie. C'est pourtant clair. Va bien falloir choisir de poser son cul sur une seule chaise à la fois.

"PARFOIS, DANS NOTRE NUIT..."

Aujourd’hui, les fées viennent à domicile. A peine né, on est démarché. L’inondation de tout ce qui se vend a brisé les portes de nos maisons, et elle gronde et elle clapote tout autour de nous. Mais elle a remplacé le père, elle nous enseigne. Elle nous enseigne à sa manière.

 

Le père nous emmenait avec lui et il nous montrait chaque objet un par un, nous disait ce qu’il fallait en savoir et nous en rendait maître. La publicité montre, elle fait une vitrine, elle est une perpétuelle vitrine, elle transporte le grand magasin chez nous. Elle ne nous explique rien, elle ne nous rend maîtres de rien, mais elle dénombre et fait chatoyer. Elle a le geste du marchand et de la courtisane. Nous sommes entourés de courtisanes à notre berceau. Et par là, nous sentons d’abord notre impuissance et nous baignons dans le mensonge.

 

Nous ne sommes plus comme autrefois les maîtres des objets que nous savions faire de nos mains, la courtisane nous raconte ce qu’elle veut, nous savons seulement que nous payons : et nous avons en échange des milliers d’objets étranges, toujours merveilleux au sens de la fable, c'est-à-dire étrangers à nous et produisant des miracles.

 

Et nous avons besoin de ces objets : la publicité est là pour cela, elle crée des besoins en nous. Nous nous empoisonnons de cet alcool, nous vivons de cette drogue et nous ne pouvons plus nous en passer. Nous ne savons plus faire du feu avec des pierres, cuire notre pain, nous nourrir des bêtes que nous avons tuées, bâtir notre cabane avec les arbres de la forêt. Nous ne savons plus rien sur ce qui fit la puissance de l’homme sur les choses et aussi sa liberté. Notre passion du camping est une protestation de l’espèce, c’est l’homme qui se réveille. Car le monde moderne fait de nous des drogués et des esclaves. Il nous fait dépendre.

 

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Nous dépendons, par nos besoins aussi bien que par notre impuissance, de toute cette énorme machine qui nous écrase et qui nous abrutit en même temps de ses délices. Une paille dans l’acier de cette mécanique et des centaines de milliers d’hommes n’ont plus ni pain ni eau. La collectivité des hommes est engluée comme une pâte et nul ne peut faire un mouvement. La machine à vendre brasse cette pâte dans un pétrin colossal.

 

Le blé baisse à Winnipeg, cela veut dire que votre récolte ne se vendra pas bien. Le cuivre monte à Pretoria, cela veut dire que vos avoines vous reviendront plus cher. L’empire de l’argent nous ligote de mille liens invisibles et mille correspondances imperceptibles. Et cette pâte humaine toute engluée n’a plus que des mouvements instinctifs et désordonnés de convoitise. (...)

 

Nous ne sommes plus maîtres de nos goûts, nous ne sommes plus maîtres de nos vies. Des centaines de milliers d’hommes ont la même salle à manger affreuse, le même poste de T.S.F. abrutissant, les mêmes passe-temps monotones, les mêmes vices médiocres, les mêmes envies aigres, les mêmes rêves préfabriqués, le même esclavage. On leur a volé leur âme et ils ne le savent pas. On les a travaillés comme une terre, à leur insu, on les a bien labourés et ils rapportent. Ils figurent en bonne place sur les statistiques de consommation. Mais pour cela, pour qu’ils deviennent des clients réguliers, fidèles, de bons et sûrs éléments de la statistique commerciale, naturellement il a fallu les « fabriquer » un petit peu.

 

 

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Le but de la publicité et l’essence des régimes modernes est un perpétuel modelage de l’âme. Nous sommes dans un état de rééducation constante. Cet affreux mot de « civilisation » désigne cette chirurgie esthétique qu’on accomplit patiemment, inlassablement sur nos cervelles. On fait de nous des « civils » exactement comme à la caserne on fait des militaires. le métier de civil comporte lui aussi, sans que nous nous en doutions, la capote boutonnée à droite ou à gauche, la jugulaire et les godillots. Nous portons tous l’uniforme de civilisés.

 

Le nombre de sottises, de vices, de préjugés, de mensonges que nous avons dans notre paquetage dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Ce qui est triste, c’est que nous en sommes fiers. Ployant sous ce fumier, nous avançons avec la fierté d’un âne chargé de reliques. Nous crevons sous un gigantesque bât de verroteries. Nos âmes rendent une sorte de son fêlé, elles exhalent une voix étrange, mal posée, inquiétante, comme celle de ces infirmes qu’on regarde avec gêne. Mais nous ne l’entendons pas.

 

Par moments, dans notre nuit, il y a un craquement de lumière. Nous apercevons un court instant l’âcre fumée de ce tas d’immondices sur lequel nous vivons sans nous lamenter. Tu criais, vieux Job ! Nous, nous dormons sur notre fumier. Et nous y attendons paisiblement la mort. Et nous croyons avoir vécu !

 

 

Bardèche, Les temps modernes, 1956

24/09/2007

PUNK IS DEAD INDEED

On les croise encore souvent, crête au vent, badges antiques, pompes rutilantes, lacets choisis, t-shirt ad hoc. Punks ? Ils en ont toute la panoplie, ils en connaissent par cœur les rites sacrés et les références intouchables. Croient-ils vraiment à ce qu’ils prêchent ? Des clous.

 

Où sont passées toutes ces flamboyances autodestructrices qui donnaient à ce non-mouvement toute sa rage et sa noblesse ? La Correction Politique est passée par là : antifascisme obligatoire pour tout le monde, altermondialisme bon teint, autodestruction réglée sur soft histoire de durer le plus longtemps possible aux crochets du Système si décrié.

 

La punkitude, c’était la croix gam’ de Sid Vicious, paradant dans le quartier juif de Paris.  C’était l’univers déglingué de Lemmy Kilmister entre bouteilles de Makers Mark et militaria nazebroque. C’était le gigantesque Majeur à la bonne morale progressiste. Le coup porté là où ça faisait vraiment mal à la démocrassouille dégénérée, comme une évidence, aussi naturel que respirer.

 

Aux oubliettes, cette provoc’ sans frontières morales ; il faut maintenant tortiller du cul et manier l’argument oiseux tout autant que n’importe quel parvenu.

 

La punkitude, c’était aussi et surtout ce vieux cri de Guerre Totale : No Future. Entendez qu’il n’y a pas d’avenir pour nous dans ce mouroir industriel et que nous ne voulons pas du recyclage qu’on nous propose. Vivre vite, crever jeune, pas en trop bon état pour partir plus léger.

 

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Poubelle, tout ça ! Prière de croire, désormais, qu’un Autre Monde est vraiment Possible, et que ce qui empêche le changement se regroupe dans l’invraisemblable camp des « réacs-bourgeois-fascistes-libéraux ». Ne demeurent que les vestiges du cirque à la Bérurier Noir , caricature porno de la haine originelle contre tout ce qui représentait le monde d’Après-Guerre, le Reich des Baby-boomers, le Grand Hospice Occidental qui réserve à chacun d’entre nous un lit et un tiroir de morgue bien avant notre naissance.

 

 

Comme des œufs qui passent directement du cul de la poule au rayon frais. Nous ne sommes plus que des Ressources Humaines, même et surtout en-dehors des heures de boulot.

 

GG Allen remplacé par Green Day. Costès évincé par Bigeard. Johnny Rotten passant la main à Michael Youn. Virginie Despentes au rayon de Bukowsky. Castration et préservation, le recul face à la mort au moment crucial de choisir.

 

L’ultime et humiliant réflexe de survie quand il aurait fallu passer le pas. Mais ceux qui l’ont passé, justement, ne sont plus là pour en parler. Ce sont sans doute eux qui ont raison. Les rats qui quittent le navire ne peuvent pas se faire d’illusion : au-delà du rafiot, il n’y a que de l’eau et de la glace. L’ultime choix se résume à choisir de couler seul ou avec la cargaison.

 

Bienheureux ceux qui croient à la magie, à la métempsychose, à une vie moins absurde après une mort grotesque. Ils trouvent peut-être de quoi assourdir les hurlements de leurs tripes quand ils contemplent leur coin de bitume urbain. Les autres, les agnostiques, les nihilistes malgré eux, n’ont pas ce réconfort-là.

 

Mais a-t-on vraiment le choix de ne croire en rien, quand on est à la fois patriote, antiréac, vomi par la gauche, rejeté par la droite, maudit des philosémites comme des antisémites, voué à la guerre sainte par les mahométans autant que par ceux qui voient Ben Laden planqué dans toutes les barbes d’Orient ?

 

Réponse à cette interminable et stupide question : non, on n’a pas le choix. On ne peut que croire, ou agir comme si on croyait que nos actes avaient un sens.

 

Voilà bien la dernière option qu’il nous reste : faire du boucan à réveiller les morts, puisque les vivants, eux, ont choisi de ne plus jamais rien entendre.