Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01/09/2007

SPLEEN AND NO MORE IDEAL

Je relis Baudelaire. Ca fait bien quinze ans qu'on ne s'était plus parlé. Retrouvailles simples et franches, comme avec un camarade oublié, qui a peu de choses à dire mais qui les dit comme personne. Avec Céline, la seule bonne découverte littéraire de ces ineptes années d'études dites "supérieures".

 

Jamais eu l'impression qu'il avait le même retentissement que le premier chez les Infréquentables. C'est navrant. Mais ce n'est peut-être, justement, qu'une impression.

 

cfd71fef92c5005b9f3161c85186714e.jpg

 

J'ai retrouvé ces deux incontournables ici. On en trouve d'autres . Et puis encore là-bas. Evidemment, si vous y faites un tour, ne leur dites pas que vous venez de ma part. Ils comprendraient pas.

 

 A une heure du matin

 

ENFIN! seul! On n'entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés. Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enin! la tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même.

 

Enfin! il m'est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres! D'abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde.

 

Horrible vie! Horrible ville! Récapitulons la journée: avoid vu plusieurs hommes de lettres, dont l'un m'a demandé si l'on pouvait aller en Russie par voie de terre (il prenait sans doute la Russie pour une île); avoir disputé généreusement contre le directeur d'une revue, qui à chaque objection répondait: « C'est ici le parti des honnêtes gens», ce qui implique que tous les autres journaux sont rédigés par des coquins; avoir salué une vingtaine de personnes, dont quinze me sont inconnues; avoir distribué des poignées de main dans la même proportion, et cela sans avoir pris la précaution d'acheter des gants; être monté pour tuer le temps, pendant une averse, chez une sauteuse qui m'a prié de lui dessiner un costume de VÉNUSTRE; avoir fait ma cour à un directeur de théatre, qui m'a dit en me congédiant: « Vous feriez peut-être bien de vous adresser à Z...; c'est le plus lourd, le plus sot et le plus célèbre de tous mes auteurs; avec lui vous pourriez peut-être aboutir à quelque chose. Voyez-le, et puis nous verrons»; m'être vanté (pourquoi?) de plusieurs vilaines actions que je n'ai jamais commises, et avoir lâchement nié quelques autres méfaits que j'ai accomplis avec joie, délit de fanfaronnade, crime de respect humain; avoir refusé à un ami un service facile, et donné une recommandation écrite à un parfait drôle; ouf! est-ce bien fini?

 

Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m'enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. mes de ceux que j'ai aimés, âmes de ceux que j'ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde; et vous, Seigneur mon Dieu! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise!

 

 

Spleen

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

 

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant le mur de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;

 

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

 

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement

 

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

31/08/2007

SEX IS DEAD

7be05250ebc9ab6e8788b50621c74fd2.jpg

 

 

Aaaaaahhh putain de merde ! Des LUSTRES que je cherchais ce texte, disparu de mon ancien pécé en plein plantage fatal et définitif. Me souvenais même plus du titre. Pour les ceusses qui ne connaissent pas l'animal, Kenny Hickey officie en tant que gratteux et hurleur occasionnel chez TYPE O NEGATIVE, dont il va bien falloir que je vous parle un jour ou l'autre. Le lien ci-dessous conduit à un ensemble de nouvelles glauques et déglinguées, dont beaucoup puent le vécu à peine caricaturé. C'est sale, c'est désespéré, c'est incohérent, c'est une grande bouffée de pollution fraîche, quelques gouttes de Modernité pure. Après tout, le principe du vaccin, c'est de s'inoculer juste assez de poison pour être malade sans en mourir.

 

SEX IS DEAD

30/08/2007

HYMNE FUNERAIRE

Quand attacher ses godasses ou couper une tranche de pain devient une discipline monacale, on comprend mieux ce que doivent ressentir certaines bêtes de zoo. Un seul os vous manque et tout est dépeuplé, n'est-ce pas. Alors quand tous les bouquins empruntés sont lus, quand le ouaibe faf est exploré, quand l'inspiration vous extorque un peu de repos , et qu'on ne peut aller nulle part tout seul, il se passe quoi, mmh ? On va prier Sainte-Zapette, patronne des éclopés, des oisifs et des sans-sommeil.

 

Et bon dieu, qu'on en apprend, des choses, en tuant consciencieusement son temps devant la téloche, surtout quand on voit un clip d'Amel Bent. Vous pensiez connaître ce qu'il se fait de pire en matière d'abomination féminine avec Ma France à Moi de l'autre boudin gominée ? Bien essayé mais tout faux. Amel Bent est un peu moins laide (enfin, disons qu'elle ressemble un peu plus à une femelle) et produit une bande-son pour salle d'attente moins intolérable. Mais côté puissance du message délivré, elle explose tout ce qu'ont fait de plus revendicatif les orang-outans à casquettes et bling-bling.

 

 

4f55720046f39df01abbdefd2565af28.jpg

 

 

On constate d'abord que, quand l'Organe dit certaines choses, ce n'est pas systématiquement de la provocation jouissivement gratuite. Ca peut aussi être un constat aussi triste qu'objectf. Mais on ne discute point du dégoût des couleurs, comme disait un poète qui ne connaissait même pas la télé en noir-blanc, alors passons.

 

On se rend compte ensuite que, sur les questions de remplacement de population en Europe, fafs et antifas se gourrent pareillement.

 

Les seconds oscillent entre négation totale du phénomène et acclamations du Nouveau Monde qui se profile, où l'humanité sera tellement métissée que le grand coït mondial se mettra en place de lui-même. Que feront-ils de leurs pulsions d'agitation quand tout ira si bien qu'ils se retrouveront au chômage technique ? Mystère. C'est un peu le même problème qu'avec les juifs et les antisémites, d'ailleurs. Brel, dans son poème sur Les Vieux, estime qu'il n'importe pas de savoir qui meurt et qui survit dans le couple : "Celui des deux qui reste se retrouve en enfer."

 

Les fafs, de leur côté, dénoncent une extermination culturelle des Blancs qui débouchera à terme sur un effondrement de la société ou une guerre civile - pour laquelle peu d'entre eux parviennent à cacher leur impatience. A croire qu'ils se réjouissent d'en être les premières victimes, vu le sérieux qu'ils mettent à s'y préparer...

 

Bonne nouvelle pour tous ceux qui, depuis des lustres, voient dans ces deux options métapo Les Deux Fesses d'un même Cul. Madame Soleil Noir vous transmet ses salutations et vous informe qu'elle a vu des choses fort instructives dans sa boule de cristal, en ce qui concerne l'avenir du continent. On y verra un joyeux mix des pires paniques et des meilleurs fantasmes résumés ci-dessus. Pour ceux qui n'ont pas de voyante attitrée, pas besoin de prendre des cours en la matière. Allumez la téloche, plantez-vous sur une chaîne qui passe de la musique pour djeunzes et attendez de contempler le clip Nouveau Français de la grognasse en question.

 

Séquence stupéfaction. Vous voilà projeté dans notre avenir proche, cette Europe que nous aurons le temps de connaître et de savourer si, par stupide acharnement, nous nous entêtons à vivre jusqu'à la moitié du siècle.

 

Tout y est très doux, suave, de l'esthétique au message en passant par la bande-son. On y voit un être de sexe certainement féminin, qui ne l'a pas toujours été peut-être mais qu'est-ce que ça change ? Ni leucoderme ni allogène, la silouhette calibrée, la démarche décontractée, l'expression veloutée. Pour peu qu'on compare avec ce qu'elle était au début, on constate un remarquable travail de relouquingue, comparable au blanchiment outrancier d'une Shakira. 

 

Derrière elle, un magma informe de gens gris clairs et gris foncés, qui saluent militairement quand est mentionnée la France et ses Enfants. Ca vous a une autre gueule que les macaques qui la traitent de garce et l'accusent de trahison, hein ? De quoi filer bien des triques aux réacs légalistes, bien racistes quand l'exotique est un mâle agressif mais foutrement plus tolérants et humanistes face à de la souris bien balancée, même saturée de mélanine.

 

Pourtant ces enfants-là ne sont pas nos frangins ni nos cousins, on ne sait trop d'où ils débarquent. Mais ils sont là. Pépères. Festifs mais pas trop. Rien de hargneux ou de revendicateurs dans leur ton. Ils sont là et c'est tout naturel. Pas de haine, pas de doléances, pas de ressentiment à vider, pas de post-colonialisme mal digéré tout exprès pour en extraire de la repentance et des biftons.

 

3314f85f7612a3725a6463b2810f276e.jpg

 

 

C'est toute la sucrerie de l'ensemble qui est véritablement glaçante. Face à un Djohéstarre, un Bouba, un Sniper, il est possible de sentir l'érection du fusil, la turgescence des cartouches, l'appétit de violence aveugle. Ils veulent notre peau ? On va faire en sorte qu'ils la paient à en avoir des dettes sur treize générations. Voilà la réaction saine, la seule réaction possible face à la prose délirante des Occupants. La haine assumée est possible. Le retour de manivelle s'impose. Ne s'y refuse que le dhimmi, la lopette, le rentier de la collaboration.

 

Mais que voulez-vous faire contre quelqu'un qui ne vous veut pas de mal, et qui vous explique calmement que désormais vous faites partie de la même famille dysfonctionnelle ? Comment frapper délibérément quelqu'un qui vous offre un Free Hug, si dégoûtant qu'il soit ?

 

C'est la Relève, tout simplement. Les Autres. Les Nouveaux. Les D'Après. Passez le témoin et fermez la porte en sortant : ils n'ont pas envie de renifler l'odeur de notre morgue.

29/08/2007

HISTOIRE URBAINE SANS MORALE IV

Mangeaille improvisée à plusieurs dans quelques heures. Le frigo est un réquisitoire contre la famine et la consommation d'eau minérale, va falloir ressortir pour relancer la noble industrie du malt et du cochon. Il ne pleut pas encore, j'irai  vélo. L'occasion de mettre les pieds dans ce grand machin multicommercial que je connais à peine. Pas facile de trouver la section bouffe-bière dans ce fourmillement de boutiques où rien ne se boit ni ne se mange. Pas facile non plus de viser la bonne porte automatique ; concentré sur les denrées toutes proches, je manque d'en bousiller une en la prenant à contre-sens. Bref moment de solitude sous l'oeil mi-amusé mi-agacé de l'hôtesse d'accueil.

 

4ff3a600b7459e83e69afe6cdb1c859a.jpg

 

 

Butin en main, il faut encore tourner pour trouver les caisses. Haïssable endroit. Se répéter comme une patenôtre que c'est un cas de force majeur, que les supermarchés font partie de l'Axe du Mal et qu'il va falloir engloutir force eau-de-vie bénite pour se purger l'âme. Ma caissière est volubile, la lippe traversée par un clou. Echanges d'amabilités. Sa dégaine un peu punk tranche avec le discret raffinement de sa conversation - mais c'est pas à moi de donner des leçons en la matière, je crois. 

 

Je m'apprête à sortir affronter l'averse quand elle m'expédie : "Vous êtes d'où ? Vu votre accent, Fribourg ou Valais, non ? " Ah. Ben non Mademoiselle, du tout, produit Vaudois jusqu'à preuve généalogique du contraire... "Ah bon. Vous avez un joli accent, pour un Vaudois." On va dire que c'est un compliment. A Grenoble on me prenait pour un Québecois. A Nantes, on me prenait pour rien mais on se fendait la gueule à chaque fois que j'ouvrais la mienne. Suis-je une minorité persécutée qui s'ignore ? Y a peut-être du blé à se faire en procès pour souffrance morale.

28/08/2007

BANALITES OISEUSES SUR LA CAMARADERIE

Encore une nuit de veille. L'appart absorbe religieusement les bruits des clapiers alentours. C'est l'heure de la douche et de la pisse de va savoir qui, un putain de métronome humain, chaque nuit c'est le même rituel. Sinon c'est le silence complet. Un cri d'oiseau discret résonne dans la pièce d'à côté, un SMS reçu. "T'as toujours le même numéro ? Qu'est-ce que tu deviens ? Moi je me fais une petite soirée un peu cuite et ai une pensée pour mon pote..." Voilà plus de quatre ans que je me promets régulièrement de te rappeler. Tu m'as pris de court. Il est une heure du mat. La nuit est chaude, claire, une pleine lune magnifique. Je saute dans mes boots et sors dans la rue pour te rappeler. Nous causerons une bonne heure.

 

Quatre foutues années, disparues dans les cagoinces de nos histoires personnelles. A t'entendre et te parler, on croirait qu'on ne s'est oubliés que quelques semaines. L'un et l'autre semblent n'avoir pas changés, malgré le chaos, la déglingue, les espoirs déçus, les luttes vaines, les routines acceptées à reculon, les bonnes surprises qu'on n'espérait plus. On croit qu'on évolue avec l'âge. Connerie. On ne fait jamais qu'osciller aux alentours d'un même fil. A snail crawling on the edge of a straight razor. C'est la lenteur du processus qui nous fait nous concentrer sur les variations infimes de la trajectoire : on s'emmerde alors on apprend le paysage par coeur. Mais la route reste la même.

 

J'en parlais récemment avec plusieurs personnes se connaissant à peine et toutes partageaient ce constat banal : une grande amitié, une véritable camaraderie, c'est une conversation qui peut reprendre naturellement après des années de mutisme et d'isolement. Ca semble aller de soi, mais c'est toujours étonnant de constater in vivo toute la justesse d'un tel cliché. C'est un cordial bienvenu en des temps déstructurés.

27/08/2007

" ELLE S'EST TAPE LES SALES BOULOTS, LILI "

Pilier de la rhétorique ethnomaso old school : l'idée que les allogènes sont venus chez nous pour faire les boulots dégueulasses que les Européens ne veulent plus faire.

 

 

L’argument a surtout marché contre la génération de nos parents, qui en reste fortement imprégnée ; emblématique, la chanson dérisoire de ce vieux con par excellence qu’est Pierre Perret, avec Lili, hymne officieux de bien des écoles. Nos semblables à la peau couleur soleil ont mérité leur place parmi nous en brouettant notre caca ; vouloir les renvoyer chez eux est un sommet d’ingratitude et une grosse prise de risque hygiénique puisque personne ne voudra prendre leur place. Larmes de caïmans, et une page de publicité. (de préférence offerte par le CRAN, pour nous expliquer que les jeunes étudiants noirs ont de la peine à trouver du boulot - faut croire que les services de la voirie sont des nids de Klansmen.)

 

 

 

a340b32e799ae7e07ee2481ddb37c621.jpg

 

Ce mot d’ordre inoxydable est en train de trouver une nouvelle jeunesse très inattendue, et qui laisse très embarrassés tant les dinosaures de Mai 68 que leurs contemporains réacs : il y a effectivement toute une catégorie de « sales boulots » que l’Occidental délègue volontiers aux exotiques, mais pas exactement dans le domaine économique. Ça relève de rayons plus rudes à cerner, et qui foutent tout le monde mal à l’aise.

 

C’est à la population allogène que nous autres, Blancs dégénérés, toujours plus mous, plus obèses, plus oisifs, plus morts-vivants, laissons le soin de vivre à notre place.

 

 

A eux de faire des mouflets puisque nous n’en faisons plus entre nous – pire : on les fait toujours plus volontiers avec eux, c’est « ouvert », « progressiste », « inévitable » même puisque nous sommes « condamnés à vivre ensemble », sans vouloir comprendre que nous avons été les procureurs de notre propre procès.

 

 

C’est à eux que nous déléguons le Devoir de Colère, puisque chez nous on lui donne le nom abject de Haine pure et simple. La révolte des banlieues occupées nous cloue sur place, pétrifiés de trouille et de respect soumis, parce que nous la pensons légitime. A chaque départ de feu, on trouve des hordes de sociologues pour le justifier par des années de douleur rentrée, d’humiliations encaissées sans broncher, infligées par cette Majorité silencieusement xénophobe à laquelle nous sommes censés appartenir.

 

A noter que depuis la fin du massacre fratricide cuvée 1939, c’est encore chez eux que nous cherchons des moyens de régler nos différends niveau gouvernance globale : la Guerre Froide n’aura été qu’une immense instrumentalisation du Tiers-Monde pour de la rage qu’on était infoutus d’exhaler entre Fromages d’Ouest et Fromages d’Est. Des massacres à la kalash’ ou à la machette partout dans la Périphérie , pendant que dans l’ex-Centre, des champs entiers de missiles capables de vaporiser la planète se font manger par la rouille et l’oubli. Emblématique.

 

C’est encore chez eux que nous exportons tout ce qui donnait à notre vie sa saleté jubilatoire et fertile, tous ces aspects sombres et inavouables qui font que l’espèce humaine a pu survivre si longtemps à l’absurdité de sa condition. L’Autre, ce merveilleux Autre si Différent et si Egal à la fois, doit se charger de tout le racisme, de tout le machisme, de tout l’obscurantisme dont nous n’avons plus les couilles d’assumer le poids.

 

 

Bienvenue, ami nazebroque, si tu n’as pas le type caucasien ! Fais-toi plaisir, sectaire irrécupérable, si tu vis ici en venant d’ailleurs ! Vas jusqu’au bout de ta misogynie, Frère Humain, tant que tu ne ressembles pas à un cousin ! A toi la vautrée dans toutes les explosions d’animalité, puisque tu as eu la chance de rester un Bon Sauvage ! Profite de cette liberté dont nous nous sommes privés, nous autres lamentables Civilisés, si laids, si polluants, si avachis !

 

 

b8a6657dac28d6c0f07f4ebb954c7ed3.jpg

 

 

 

C’est toujours chez eux que nous sous-traitons toute notre joie de vivre, notre respect de l’expérience acquise, notre besoin de racines et de liens avec nos anciens. Les « roots » (racines, en french) sont le nom affectueux qu’on donne au mouvement rasta, en référence à son amour des racines africaines du mouvement – nos propres racines européennes n’ont pas droit à une telle affection, elle sont au contraire insortables, cachez-moi ça !

 

Une « tradition ancestrale » ? Pas d’objection si elle vient du Mali, des Andes, des rizières antipodesques ! Mais gardez pour vous les vôtres, qui puent le terroir local, c’est du linge sale qui ne regarde que vous. La bonne humeur spontanée, qui ne cherche pas son bonheur de midi à quatorze heures ? Si touchante dans la savane qu’elle ne peut qu’attendrir ! Mais chez les gens qui ont la même gueule que soi ? Vulgarité ! Stupidité ! Niaiserie et Inculture crasse ! Bidochons et Deschiens ! Le Bidochon n’est JAMAIS exotique et le Dîner de Cons ne s’organise qu’entre Blanchouilles exclusivement, un bel Apartheid qui réjouit toutes les bonnes âmes progressistes d’ailleurs.

 

Voilà une forme de Lutte des Classes à laquelle personne n’avait pensé. Entre l’Europe et la misère du monde qu’elle est si avide de pomper sur ses terres, il y a désormais le même rapport qu’entre une Reine et sa fourmilière. Un corps blanc informe, gigantesque d’obésité, qui produit jour et nuit mais ne peut survivre sans une armée de petits corps noirs et secs, entièrement dévoués à son gavage. Jusqu’au jour où ils en auront plein le cul de vivre uniquement par elle et pour elle, et qu’ils se résoudront à la bouffer pour survivre. C’est à quoi les prépare et les incite le discours de la gauche depuis un demi-siècle, depuis le sponsoring par Sartre du ressentiment identitaire d’un Frantz Fanon.

 

 

Car même notre propre destruction, nous la confions désormais à la relève multicolore du continent, infoutus que nous sommes de nous flinguer tous seuls.